La pandémie a coûté 4000 emplois au secteur aérospatial

À l’heure actuelle, l’industrie de l’aviation fonctionne à 15% de sa capacité.
Photo: Hector Retamal Agence France-Presse À l’heure actuelle, l’industrie de l’aviation fonctionne à 15% de sa capacité.

Les entreprises du secteur aérospatial québécois ont jusqu’ici mis 4000 des quelque 43 400 travailleurs à pied en raison de la pandémie, estime la grappe Aéro Montréal selon lequel il pourrait s’écouler jusqu’à quatre ans avant que l’industrie ne reprenne sa vitesse de croisière.

La p.-d.g. de l’organisation a fourni cette information au lendemain d’un discours du Trône qui a mentionné d’éventuelles mesures pour les secteurs du voyage et du tourisme sans évoquer une aide spécifique au secteur de l’aviation, dont la santé ou les problèmes contribuent de manière significative à l’évolution de la grappe aérospatiale.

« Mon impression, c’est que le gouvernement ne voulait pas mentionner un secteur par rapport à un autre, même s’ils ont parlé du tourisme et du voyage parce que c’est tellement gros et évident », a dit en entrevue la p.-d.g. d’Aéro Montréal, Suzanne Benoît, qui plaide comme plusieurs pour la création d’une stratégie canadienne de l’aérospatiale. L’organisation représente notamment Airbus, l’équipementier Héroux-Devtek et le motoriste Rolls-Royce.

« Le fait que les avions soient cloués au sol a un effet domino sur l’industrie touristique, l’aérospatiale, l’entretien des avions, etc. […] Même si on est en période de crise, il faut que les gouvernements aient un positionnement clair, un peu comme la France l’a fait avec l’idée d’un avion à hydrogène en 2035 », a dit Mme Benoît. « Au Canada, on n’a pas eu ce signal-là. »

Ce plan français place Airbus au cœur de l’opération en vue d’un premier prototype à la fin des années 2020. L’appareil serait de la taille d’un A220 ou d’un A320 avec une capacité de 120 à 200 passagers, selon ce qu’a dit le p.-d.g. du constructeur, Guillaume Faury, aux médias français ces derniers jours dans le cadre du dévoilement de trois concepts. Il serait aussi question d’un avion à hélices d’une centaine de sièges.

L’absence d’une stratégie aérospatiale axée sur l’innovation pourrait contribuer à un effritement du secteur, alors qu’une annonce le ferait rayonner mondialement, a poursuivi Mme Benoît. « Les investisseurs qui entendent ça estiment que ça exprime du sérieux, qu’il y a donc du talent, de la main-d’œuvre, etc. Je pense que, puisqu’on n’est pas proactif à cet égard, ça nuit à l’investissement direct étranger, et peut-être même au renouvellement de projets, de mandats que des sociétés étrangères implantées ici pourraient faire. »

L’aviation veut un plan

À l’heure actuelle, l’industrie de l’aviation fonctionne à 15 % de sa capacité, a indiqué le Conseil des lignes aériennes du Canada (CLAC) mercredi. Tout en reconnaissant le passage évoquant le voyage et le tourisme, l’organisation a affirmé que « le secteur de l’aviation a besoin que le gouvernement présente immédiatement un plan cohérent et concret pour soutenir l’industrie et permettre sa reprise ».

Parmi les enjeux de l’industrie figurent des problèmes de liquidités et de promotion, mais le secteur souhaite aussi le développement d’un protocole de test rapide. D’autres pays travaillent d’ailleurs déjà sur une deuxième phase de soutien. « Nous sommes impatients de travailler avec le gouvernement et tous les partis politiques, sur un plan clair de soutien à l’aviation. Mais nous devons travailler rapidement », a dit le CLAC.

La moitié des membres du syndicat des pilotes d’Air Canada ont été placés en congé sans solde, a indiqué de son côté l’Association des pilotes en plaidant elle aussi pour une aide rapide. Elle a tout de même salué le prolongement de la Subvention salariale d’urgence.

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