Analyse: du soutien à la relance économique

L’économie dite réelle voit sa véritable reprise être masquée par l’aide d’urgence des gouvernements.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne L’économie dite réelle voit sa véritable reprise être masquée par l’aide d’urgence des gouvernements.

Le maintien de programmes, plus ciblés ou recentrés, de soutien aux revenus n’a pas perdu sa pertinence, mais la priorité se déplace vers l’importance d’enclencher un plan de relance économique. Le rebond de l’après-confinement montre des signes d’essoufflement et le scénario d’une récession à double creux (double dip recession) compte de plus en plus d’adeptes.

L’OCDE et la Réserve fédérale l’observaient il y a quelques semaines. La contraction de 2020 s’annonce moins importante que ce qui était appréhendé, mais la récupération économique de la pandémie sera plus lente et probablement plus pénible que prévu.

Pour l’heure, le scénario de récession à double creux, ou en W, ne rallie qu’un économiste sur quatre. Mais il est évoqué par 37 % des gestionnaires de portefeuille ayant répondu en août à un sondage de Bank of America. Même constat dans un sondage du Conference Board mené auprès des dirigeants d’entreprise américains. Seuls 9 % misent encore sur le V alors qu’ils sont 23 % à croire plutôt au W.

Ces répondants ne se laissent pas berner par cette euphorie boursière qui a permis aux grands indices de référence de récupérer l’essentiel de leurs pertes causées par la pandémie.

Dans sa revue des marchés, René Julien, directeur des investissements chez le gestionnaire privé Blue Bridge, rappelait qu’au 31 août, le rendement total du S & P 500 était en hausse de 9,7 %. Un autre indice de référence, le Russell 3000, affichait un gainsemblable de 9,4 %. Mais en détail, le Russell 1000, qui représente les plus grandes sociétés de l’indice, a comptabilisé une progression de 10,4 % alors que le Russell 2000, composé de petites sociétés, enregistrait une baisse de 5,5 %.

René Julien poursuivait avec l’indice S & P 500. « Supprimons les Facebook, Amazon, Netflix, Microsoft, Apple et Alphabet, qu’on appelle aussi FANMAG. Depuis le début de l’année, ces six titres ont affiché une impressionnante hausse de 56,6 %. Pourtant, les 494 autres noms du S & P ont connu une baisse de 1,4 % », a-t-il écrit.

Aide étatique

Donc tout ne va pas très bien derrière les grands ensembles. D’autant que les marchés sont galvanisés par l’intervention directe des banques centrales. Pour sa part, l’économie dite réelle voit sa véritable reprise être masquée par l’aide d’urgence des gouvernements. Si le rebond économique depuis mai témoigne de l’effet d’une demande refoulée par les mesures de restrictions imposées en réponse à la pandémie, nous en sommes au Canada à 94 % du niveau d’emploi prépandémie, à 92 % de l’activité économique. Aux États-Unis, le chômage s’accroche à ses niveaux historiques de récession.

Et l’on assiste à l’essoufflement des grands indicateurs économiques aux États-Unis, les économistes du Mouvement Desjardins pointant en direction des ventes au détail, de la production industrielle, des mises en chantier et de l’indicateur avancé. La firme de recherche Oxford Economics indiquait mercredi que son traceur de reprise au Canada s’est replié de 0,2 point de pourcentage au cours de la semaine terminée le 4 septembre, après avoir crû de 0,9 point, en moyenne, en août.

Confiance ébranlée, insolvabilité des ménages sous surveillance et optimisme encore retenu chez les dirigeants d’entreprises… Oxford énumère quatre grands risques. On peut penser à une crise sanitaire conservant son intensité sous le coup d’une deuxième vague importante qui, si elle est accompagnée d’une réintroduction de mesures restrictives contraignantes, viendrait accroître les risques d’une crise financière.

On peut penser aussi à une absence d’aide ou à une aide gouvernementale ne permettant pas d’éviter un choc de revenus. Ou à une détérioration des conditions de financement sur le marché, venant d’une hausse de l’incertitude politique (pouvant notamment découler des résultats des élections américaines du 3 novembre), d’une aggravation des tensions commerciales, voire d’un changement dans l’humeur générale. Ou aux risques de faillites et de pertes d’emplois permanentes.

Au Canada, si la reprise ne gagne pas en vigueur rapidement, il faudra près d’un an et demi en moyenne aux PME pour retrouver un niveau de ventes équivalent à ce qu’il était avant la crise. Et pour le secteur de l’hébergement et de la restauration, leur retour à la normale pourrait prendre plus de huit ans, écrivait mercredi la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

 

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