Il n’est jamais trop tard pour mieux planifier sa retraite

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Il est important de savoir assez précisément à combien s’élèveront les revenus et d’où ils proviendront.
Illustration: Getty Images Il est important de savoir assez précisément à combien s’élèveront les revenus et d’où ils proviendront.

Ce texte fait partie du cahier spécial Vieillir mieux

Il n’est pas trop tard à 60 ans pour planifier plus précisément sa retraite, mais… le temps presse. « Il devient urgent à cet âge d’avoir une vue globale de notre situation financière, afin d’effectuer une projection réaliste de cette période », souligne Laurie Therrien, planificatrice financière de Services financiers Therrien et Alain, àQuébec. Même ceux qui l’ont fait beaucoup plus tôt dans leur vie devraient s’assurer que leur plan tient toujours la route.

La planification financière constitue un exercice relativement complexe. Parmi les multiples décisions à prendre, certaines recèlent des pièges. Regardons par exemple les revenus. On lit et entend souvent que l’on devra toucher 70 % de son revenu d’emploi pour maintenir son niveau de vie, ou encore que l’on doit viser une somme précise d’épargne. Mme Therrien inviteà oublier les chiffres magiques. « C’est du cas par cas, soutient-elle. Il faut établir un budget actuel et un budget futur pour évaluer chaque situation personnelle. »

Bien organiser ses revenus

Il est important de savoir assez précisément à combien s’élèveront les revenus et d’où ils proviendront. Tous les Québécois ont droit à une pension fédérale de la Sécurité de la vieillesse (SV) dès l’âge de 65 ans, dont le montant mensuel maximal en septembre 2020 était de 613,53 dollars par mois. Les contribuables à revenus modiquestouchent un supplément de revenu garanti, dont la somme peut varier en fonction de la situation financière et familiale.

Les Québécois peuvent aussi réclamer la rente de retraite du Régime de rentes du Québec (RRQ), dont le niveau changera en fonction des sommes cotisées au régime pendant la vie active. On peut la toucher dès 60 ans, mais cette décision doit être bien réfléchie. « Plus on la demande tôt, moins on recevra d’argent par mois pour le reste de ses jours », souligne Mme Therrien. En 2020, un Québécois qui la réclame à 60 ans aura droit à 64 % de sa rente, pour un maximum mensuel de 753,47 dollars. À 65 ans, la rente pleine plafonne à 1177,30 dollars. Et si l’on patiente jusqu’à 70 ans, le chèque peut aller jusqu’à 1671,77 dollars par mois.

Mais attention : à 71 ans, on doit obligatoirement commencer à retirer l’argent de ses REER. Si l’on reçoit un gros montant de la RRQ, en plus des REER et d’autres revenus, la facture fiscale pourrait être salée. Ce problème ne se posera pas avec un CELI, dont les retraits restent libres d’impôt. Le décaissement des REER et des CELI dépend par ailleurs de plusieurs facteurs. Une personne qui touche une généreuse pension de son ex-employeur pourra attendre plus longtemps avant de les retirer qu’une autre qui ne compte que sur les prestations publiques.

Des revenus peuvent s’ajouter à cela,notamment ceux provenant de la vente d’actifs immobiliers ou d’une entreprise. Les gens âgés ont aussi droit à plusieurs crédits d’impôt, dont certains rapportent beaucoup. Celui pour des services de maintien à domicile d’un couple (offert à partir de 70 ans) peut par exemple atteindre 13 650 dollars en 2020.

Éviter la déprime

Les dépenses aussi varient quand on ne travaille plus. « La plupart des gensont une idée de ce qu’ils recevront comme revenus à la retraite, mais ne savent pas vraiment combien il leur en coûtera pour vivre. Ils doivent donc d’abord établir un budget », note Éric F. Gosselin, planificateur financier à Montréal. Les paiements liés aux vêtements, au transport, aux stationnements payants, à l’hypothèque ou au soutien des enfants diminuent ou disparaissent à la retraite. Cependant, les voyages, les sorties au restaurant ou les activités de loisir peuvent coûter plus cher. Le logement peut aussi devenir plus onéreux si l’on déménage dans une résidence pour personnes âgées.

Profiter de son bon dossier de crédit avant de quitter la vie active n’est pas non plus une mauvaise idée. « Si vous prévoyez de changer de voiture ou d’acheter une maison, mieux vaut procéder avant de partir à la retraite, souligne M. Gosselin. Il peut devenir difficile d’obtenir du crédit quand vous ne touchez plus de revenus d’emploi, même si vous détenez beaucoup d’épargne. »

La plupart des gens ont une idée de ce qu’ils recevront comme revenus à la retraite, mais ne savent pas vraiment combien il leur en coûtera pour vivre

 

Le plus important, selon lui, reste toutefois de se préparer mentalement à cette étape majeure de la vie. « À 60 ans, on devrait savoir ce que l’on prévoit de faire de nos journées à la retraite ; or c’est trop rarement le cas, déplore le planificateur. D’ailleurs, on voit régulièrement des gens retourner travailler parce qu’ils s’ennuient ou dépriment. Ça peut même dégénérer en problèmes de santé mentale. »

Pour profiter de sa retraite, mieux vaut donc prendre le temps de la planifier, tant sur le plan financier que sur le plan personnel.