La remontée de l’emploi ralentit

Le secteur de la construction au Québec a déjà rattrapé tout le terrain perdu au début de la pandémie.
Photo: Joe Raedle Getty Images Agence France-Presse Le secteur de la construction au Québec a déjà rattrapé tout le terrain perdu au début de la pandémie.

L’emploi poursuit son rattrapage, mais de plus en plus lentement.

Le taux de chômage a continué de reculer au Québec, le mois dernier, passant de 9,5 % à 8,7 %, soit un niveau presque deux fois moins élevé que son sommet de 17 % du mois d’avril, a rapporté Statistique Canada vendredi dont l’Enquête sur la population active portait sur la semaine du 9 au 15 août. Comme l’essentiel du déconfinement de l’économie avait déjà été fait, il s’est ainsi créé 54 000 nouveaux emplois nets (tous à temps plein) durant ce mois-là, contre 98 000 le mois précédent, 248 000 en juin et 231 000 en mai.

L’ensemble de l’économie canadienne a aussi poursuivi sa remontée à un rythme plus lent, l’ajout en août de 246 000 emplois (presque tous à temps plein) y diminuant le taux de chômage de 10,9 % à 10,2 %, contre un « sommet inégalé » de 13,7 % en mai.

Si l’on ajoute à ceux qui ont perdu leur emploi depuis le mois de février et qui n’ont toujours pas retrouvé de travail (1,1 million de personnes) les Canadiens qui ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles pour des raisons probablement liées à la pandémie de coronavirus (710 000), on arrive toujours à un total de 1,8 million de travailleurs touchés par la crise économique liée à la COVID-19 alors qu’ils étaient 5,5 millions en avril.

Rattrapage inégal

Les progrès se révèlent inégaux selon les régions, les industries les types de travailleurs.

Si le Québec a retrouvé 95,7 % du nombre total d’emplois qu’il avait en février à l’époque où son taux de chômage n’était que de 4,5 %, le Canada n’en est encore qu’à 94,3 % et l’Ontario à 93,6 %. Alors que le secteur de la construction (99,1 %) a déjà rattrapé tout le terrain perdu et que les secteurs de la fabrication (95,3 %) et du commerce de détail (93,4 %) sont revenus autour de la moyenne canadienne, celui de l’hébergement et de la restauration (78,9 %) en est encore loin.

Cela n’est pas sans rapport avec le fait que les travailleurs touchant habituellement moins de 16 $ de l’heure (87,4 %) et les jeunes de 15 à 24 ans (84,7 %) ont aussi encore une grosse côte à remonter.

Statistique Canada rapporte au passage que la proportion de Canadiens de 15 à 69 ans qui avaient reçu, le mois précédent, la Prestation canadienne d’urgence (PCU), sa version pour les étudiants (PCUE) ou des prestations d’assurance-emploi a diminué de 18,4 % à 16,1 %.

On précise que près de la moitié des prestataires de la PCU n’étaient pas inactifs ou temporairement mis à pied, mais bel et bien à la recherche d’un emploi et que 38 % d’entre eux vivaient au sein d’un ménage ayant « de la difficulté à assumer ses dépenses nécessaires ».

Quant aux étudiants, ils étaient la même proportion à travailler en août au Québec (61 %) qu’à pareille date l’an dernier.

« Le rythme de progression de l’emploi est de moins en moins rapide, a observé dans une analyse l’économiste au Mouvement Desjardins, Benoit P. Durocher. Visiblement, les gains les plus faciles à obtenir avec la réouverture des activités ont été faits au courant de l’été. Le marché du travail entrera donc prochainement dans une nouvelle phase, où les véritables séquelles de la pandémie seront davantage perceptibles. […] Il faut donc s’attendre à ce que le taux de chômage demeure à un niveau plus élevé que celui observé avant la pandémie durant encore plusieurs trimestres ».

Aux États-Unis

Le chômage a aussi diminué aux États-Unis, et même plus que prévu passant de 10,2 % en juillet à 8,4 % en août, contre un sommet de 14,2 % en avril.

On reste toutefois encore à court de 11,5 millions d’emplois sur les 22 millions détruits depuis le mois de février alors que le taux de chômage n’était que de 3,5 %. Là aussi, le rythme de la création d’emplois est en train de ralentir et qui plus est, les nouvelles embauches se révèlent généralement précaires, comme celles liées au recensement de la population. Plus de 530 000 travailleurs ont également eu le malheur d’apprendre qu’ils n’étaient pas en chômage temporaire, mais en chômage permanent.

Le chômage de longue durée, qui rend le retour au travail plus difficile, plane désormais sur le pays, surtout avec toutes ces écoles qui ne pourront pas rouvrir leurs portes les prochains jours en raison de la pandémie et tous ces parents (souvent les mères) qui devront rester à la maison s’occuper de leurs enfants, a rapporté vendredil’Agence France-Presse.

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