L’hydrogène dans le viseur de la présidente d’Hydro-Québec

Une partie des équipements servant à produire de l’hydrogène par l’électrolyse dans une usine d’Elsfleth en Allemagne
Photo: Hauke-Christian Dittrich DPA via AP Une partie des équipements servant à produire de l’hydrogène par l’électrolyse dans une usine d’Elsfleth en Allemagne

En pleine révision du plan stratégique d’Hydro-Québec dévoilé l’an dernier, pandémie oblige, la présidente de la société d’État, Sophie Brochu, a insisté sur le potentiel « extraordinaire » de l’hydrogène, en laissant entendre que le développement des technologies pourrait servir de carte de visite auprès des entreprises étrangères intéressées à s’installer ici.

De passage en commission parlementaire à Québec dans le cadre de l’étude de crédits, Mme Brochu, en poste depuis quatre mois, a dit que la révision du plan ne serait « pas une mise à plat », car « il y a beaucoup de choses là-dedans qui vont perdurer peu importe les circonstances ». La séance a porté sur une multitude de sujets, des mesures d’aide aux ménages aux efforts d’efficacité énergétique en passant par les discussions avec des clients potentiels.

Annoncé en décembre 2019 au moment où Hydro-Québec était dirigée par Éric Martel, le plan stratégique reposait notamment sur la lutte contre les changements climatiques par l’électrification des transports, une hausse des exportations, la valorisation des technologies et une analyse des besoins énergétiques à long terme. Sur le plan financier, Hydro-Québec estimait que le bénéfice de 2,8 milliards en 2019 se situerait entre 3,3 et 4,2 milliards d’ici 2024. La pandémie aura cependant un impact de « plusieurs centaines de millions » cette année, a rappelé Mme Brochu.

«Les nouveaux barrages»

« Je vous donne une idée de ce qui ne changera pas, et qui risque de s’accélérer : l’hydrogène », a dit la présidente d’Hydro-Québec dans la deuxième heure de la séance. « Voilà un potentiel extraordinaire. Et l’hydrogène, c’est, quelque part, les nouveaux barrages du Québec. Quelque part. Parce que ça va être une façon de transformer notre économie, de faire des investissements. » L’idée de construire de nouveaux barrages n’est pas exclue, a-t-elle précisé. « Mais vous savez, on dit qu’on frappe l’imaginaire, et que peut-on faire avec notre électricité, et que peut-on construire pour amener un hydrogène vert qui va être un vecteur dans la nouvelle transition énergétique ? Bien ça, c’en est un pan. »

L’hydrogène peut servir de carburant, mais peut aussi être injecté « dans un réseau de gaz naturel pour en faire une portion de gaz naturel complètement renouvelable », a ajouté Mme Brochu plus tard. « Et un jour, pas si lointain, on va prendre de l’hydrogène, on va le mixer avec du CO2 et on va en faire un gaz complètement renouvelable. Que va-t-il arriver ? Le Québec va être une des premières places sur la Terre à dire : “Venez chez nous, vous allez être 100 % renouvelable, que vous ayez une charge électrique ou thermique.” Ça, c’est notre ambition. »

Le plan stratégique de 48 pages déposé en décembre affirmait que le Québec avait « tous les atouts » pour appuyer le développement de l’« hydrogène propre, produit par électrolyse plutôt qu’à partir du méthane présent dans le gaz naturel », ce qui pourrait générer des « perspectives intéressantes tant au Québec que sur les marchés externes ». Quelques semaines plus tard, en janvier 2020, certains acteurs du secteur de l’hydrogène au Québec — dont Air Liquide, Toyota, Harnois Énergies — ont fait front commun pour faire la promotion de ce corps gazeux comme potentielle filière de transition énergétique. Les surplus d’électricité d’Hydro-Québec pourraient servir à produire de l’hydrogène propre, ont avancé les entreprises, en baptisant leur groupe Hydrogène Québec.

Par ailleurs, selon Sophie Brochu, Hydro-Québec, dont les ventes ont été touchées par la pandémie tant au Québec que sur les marchés d’exportation, pourrait être en mesure de réaliser un bénéfice net se situant « au nord de 2 milliards » en 2020. « Évidemment, on ne connaît pas encore l’effet domino de l’impact de la première vague, et si oui ou non il y aura une seconde vague. »

Avant la pandémie, la prévision était d’un bénéfice de 2,9 milliards. Or la crise a réduit d’environ 200 millions les ventes au Québec et de 200 millions à l’exportation, a-t-elle indiqué.

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