Analyse: le prix du vaccin contre la COVID-19

On recense 26 vaccins différents contre la COVID-19 au stade des essais cliniques.
Virginia Mayo Associated Press On recense 26 vaccins différents contre la COVID-19 au stade des essais cliniques.

La simple logique de l’offre et de la demande en ferait l’affaire la plus juteuse qui soit. Mais le développement accéléré d’un vaccin contre la COVID-19 n’est pas le seul défi que les compagnies pharmaceutiques devront relever. Elles devront aussi trouver un équilibre entre l’envie de maximiser leurs profits et le danger de ternir encore plus leur image qu’elle ne l’est déjà.

C’est une course folle. Non seulement contre une maladie, qui a déjà contaminé au moins 19 millions de personnes et emporté plus de 700 000 vies, mais aussi entre les fabricants de médicaments, qui essaient de trouver un vaccin ou un traitement, et entre les pays, qui veulent s’assurer de pouvoir en donner accès à leur population le plus rapidement possible.

Pour les chercheurs et l’industrie pharmaceutique, il s’agit de mettre au point un vaccin, de le tester, de le faire certifier et de déployer les moyens de production et de distribution capable de rejoindre des centaines de millions, voire des milliards de personnes, et tout cela en dix mois plutôt qu’en dix ans. « On n’a jamais rien vu d’une telle ampleur auparavant », disait le mois dernier un porte-parole de la compagnie Johnson & Johnson dans le Wall Street Journal.

Au dernier décompte, on recensait 26 différents vaccins au stade des essais cliniques sur des humains et 139 autres à l’étape préclinique. Contrairement à d’autres formes de traitement, le développement de nouveaux vaccins intéresse généralement assez peu les grandes compagnies pharmaceutiques parce qu’ils sont souvent destinés principalement à des pays pauvres. Mais cette fois-ci, tout le monde flaire la bonne affaire, y compris dans les marchés boursiers où la valeur des compagnies engagées dans la course au vaccin contre la COVID-19 a gagné 120 milliards $US seulement depuis la fin du mois de janvier, selon une estimation de la banque d’investissement SVB Leerink.

Le prix juste

Il est vrai qu’avec les ravages causés par la pandémie de coronavirus, ne serait-ce que sur le plan économique, on pourrait penser que ceux qui auront des vaccins à vendre pourraient être tentés d’en tirer d’extraordinaires profits. Une étude de l’ICER a estimé, par exemple, que pour un traitement complet au remdésivir, un médicament qui s’est montré efficace sur les patients les plus atteints, la compagnie Gilead pourrait facturer entre 10 $ et 600 $, si elle ne voulait que couvrir ses coûts de production, entre 1000 $ et 1600 $, pour éponger aussi les coûts de son développement cette année, ou entre 4600 $ et 5100 $ si l’on tenait compte également des coûts médicaux épargnés et des décès évités. Quelques jours plus tard, la compagnie fixait son prix aux États-Unis entre 2340 $ et 3120 $.

Se sachant, sans doute, déjà impopulaires auprès du public et aujourd’hui sous haute surveillance par les gouvernements, les compagnies pharmaceutiques engagées dans la course au vaccin assurent qu’elles n’ont pas l’intention de profiter de la situation.

Johnson & Johnson et AstraZeneca ont chacune promis, par exemple, de vendre leurs éventuels vaccins au prix coûtant, « du moins tant que la pandémie n’aura pas commencé à reculer ». Moderna, Pfizer et Merck ne vont pas si loin, mais assurent que leurs marges de profits resteront réduites afin de tenir compte « du contexte extraordinaire ».

Moderna prévoit malgré tout de vendre pour au moins 2 milliards de son futur vaccin la première année seulement, ce qui n’est sans doute pas étranger à la multiplication par trois de la valeur de son action depuis le début de l’année. Pfizer, de son côté, disait, il y a deux semaines, s’attendre à vendre son futur vaccin pendant plusieurs années à la faveur notamment de campagnes de vaccination massives qui devraient encore être en cours en 2022, ainsi que d’éventuels vaccins de rappel pour maintenir une bonne protection et s’adapter aux mutations du virus.

Pays cherchent vaccin

Pressés de réduire la menace qui pèse sur leur population et leurs économies, les gouvernements ont pris le parti à la fois d’aider financièrement la recherche de remèdes et de négocier des ententes d’approvisionnement particulières avec des compagnies qui semblent en bonne voie de réussir.

C’est le cas notamment du Canada qui a annoncé mercredi la signature d’une commande auprès de Moderna et Pfizer et dont la ministre responsable de l’Approvisionnement, Anita Anand, se félicitait de son « approche agressive [avec pour objectif] que les Canadiens soient au premier rang lorsqu’un vaccin sera disponible ». Évoquant d’autres négociations en cours, la ministre n’a pas voulu préciser le nombre de doses en question (« des millions »), ni leurs prix, mais a reconnu qu’elles ne seraient peut-être pas livrées avant un an.

Plus « agressifs » encore, ou simplement plus puissants et plus riches, les États-Unis en seraient déjà, selon un décompte de l’AFP, à près de 9,5 milliards investis dans la course au vaccin et à la livraison garantie d’au moins 700 millions de doses par cinq compagnies différentes, dont au moins une centaine de millions de doses dès le mois de décembre. Washington a aussi acheté au passage la quasi-totalité de la production de remdésivir jusqu’en septembre.

Dans son entente avec Washington, Pfizer a convenu d’un prix de 20 $ la dose pour un vaccin qui en nécessitera deux par personne. Moderna de son côté parlait cette semaine d’un prix de 32 $ à 37 $ par dose pour un total de 64 à 74 $ par personne vaccinée.

Faites vos calculs.

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