Trump suscite la colère et l’incrédulité

L’exigence étonnante du président Trump qu’une partie de la transaction Microsoft-TikTok soit versée dans les caisses de l’État a suscité de vives critiques et interroge jusque parmi les conseillers du président.

Que faut-il en penser, y a-t-il des précédents ? « Je ne sais pas », a répondu à plusieurs reprises Larry Kudlow, conseiller économique du président, interviewé sur Fox Business mardi.

Après avoir déclaré qu’il bannissait TikTok, un réseau social qui appartient au groupe chinois ByteDance, et qu’il s’opposait à un rachat, le locataire de la Maison-Blanche s’est finalement déclaré favorable à une acquisition par Microsoft ou une autre société américaine, d’ici le 15 septembre au plus tard.

Mais il a exigé lundi qu’une « très large partie » des recettes de l’opération revienne au Trésor, parce qu’il « rendait possible » la vente.

Une transaction qu’il a, de fait, rendue obligatoire, menaçant l’application d’interdiction totale si elle ne passait pas entre des mains américaines. Washington accuse en effet la plateforme d’espionner ses utilisateurs pour le compte de Pékin.

« C’est le genre de tactique mafieuse qu’on pourrait voir en Russie », analyse James Lewis, directeur des technologies au Center for Strategic and International Studies. « Je ne pense pas que ce soit constitutionnel. »

« Nous n’avons jamais rien vu de tel », a remarqué Stuart Varney, de Fox Business. « Sans doute, j’imagine, je ne me souviens pas », a répondu Larry Kudlow, avant de tenter de minimiser la portée des propos du locataire de la Maison-Blanche. « Écoutez, je ne sais pas si c’est une condition clef. »

Extorsion

« C’est comme pour un propriétaire et un locataire : c’est le bail qui donne la valeur. Nous sommes le bail, en quelque sorte », avait expliqué Trump lundi.

« TikTok est un succès formidable. Mais une part importante de ce succès est dans ce pays », a-t-il développé, estimant qu’il était « juste » que l’État reçoive une partie de la somme de la vente.

C’est le genre de tactique mafieuse qu’on pourrait voir en Russie

 

Le principe d’une compensation financière pour le Trésor lors d’une acquisition est inhabituel, et généralement réservé aux crises.

Récemment, les grandes compagnies aériennes américaines ont accepté d’accorder des contreparties au contribuable, mais c’était en échange des importantes aides de l’État pour faire face à la pandémie de coronavirus.

La suggestion du président est « grossièrement inappropriée et n’a aucune base légale », a commenté Bobby Chesney, un professeur de droit de l’Université du Texas, spécialisé dans les questions constitutionnelles et de sécurité nationale.

L’ancien procureur Michael Bromwich a même assimilé la demande du président américain à du racket. « Quand l’extorsion et la corruption deviennent un art de vivre… » a-t-il tweeté lundi.

Manipulation et intimidation

Basée à Seattle plutôt qu’en Chine parce qu’elle voulait se donner une image mondiale, ByteDance a confirmé poursuivre les négociations en vue d’un accord. De toute façon, on n’a « pas le choix », a observé son patron, Zhang Yiming, dans une lettre à ses employés, dont le contenu a été rapporté mardi par le Financial Times.

Les lois en vigueur

À Pékin, le porte-parole de la diplomatie chinoise a affirmé que TikTok respectait scrupuleusement les règles et lois en vigueur. « Les États-Unis, sans fournir la moindre preuve, abusent du concept de sécurité nationale et de leur pouvoir d’État afin de réprimer de manière déraisonnable certaines entreprises non américaines », a dénoncé Wang Wenbin.

« Tout ceci est une manipulation politique. […] C’est de l’intimidation pure et simple. »

Sans aller jusqu’à annoncer des mesures de rétorsion, il a estimé que Washington était en train d’ouvrir « la boîte de Pandore » avec ses mesures visant les compagnies étrangères.

Si la vente de TikTok à Microsoft a bien lieu, le géant informatique américain possédera et dirigera le réseau social aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Microsoft, de son côté, a reçu le message cinq sur cinq.

Son patron, Satya Nadella, s’est entretenu dimanche avec le président pour le convaincre d’approuver les négociations, déjà bien avancées. Le géant du numérique se trouve dans une position délicate, lui qui vient d’obtenir un juteux contrat de 10 milliards de la défense américaine, mais qui est parvenu aussi à maintenir sa présence en Chine contrairement à Facebook ou Google, observait mardi le Wall Street Journal.

Dans la foulée de ses échanges à trois avec ByteDance et la Maison-Blanche, la multinationale américaine a publié un communiqué expliquant que l’acquisition serait soumise « à une évaluation complète de la sécurité et devrait apporter des bénéfices économiques aux États-Unis, y compris au Trésor américain ».

Avec Le Devoir

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