Creux historique du PIB québécois

La baisse du PIB en avril est notamment attribuable à la fermeture des commerces de détail décrétée par le gouvernement pour freiner la progression du coronavirus.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La baisse du PIB en avril est notamment attribuable à la fermeture des commerces de détail décrétée par le gouvernement pour freiner la progression du coronavirus.

Plus malmenée qu’ailleurs au Canada par les mesures de confinement et les restrictions liées à la pandémie, l’économie québécoise a touché un creux historique en avril. Le PIB s’est contracté de près de 15 % pour revenir à son niveau de 2004.

Les données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) font ressortir une chute de 14,8 % du PIB réel du Québec en avril, après un plongeon de 9,6 % en mars. « Tous les grands secteurs affichent des reculs alors que les effets de la COVID-19 se sont intensifiés en avril », résume l’ISQ qui ajoute qu’« à la suite de ces reculs, le PIB d’avril se situe au niveau de celui de l’année 2004 ».

Comparativement à la moyenne canadienne, l’économie québécoise a ressenti plus durement les effets de la réponse à la pandémie. Selon les données de Statistique Canada, le PIB canadien a plongé de 11,6 % en avril après une chute de 7,5 % en mars, cumulant un plongeon de 4,7 % après quatre mois par rapport à la période correspondante de 2019, contre 6,4 % pour celui du PIB québécois.

La construction fait la différence

« La contre-performance de l’économie du Québec par rapport au reste du Canada s’explique en partie par une fermeture de l’économie plus élargie impliquant notamment les secteurs de la construction et des ressources. Pour le secteur de la construction, la baisse cumulative depuis février s’établit à 59 % alors que le recul au niveau canadien est moindre à 27 %. La divergence est également importante du côté du secteur des ressources qui affiche au Québec un recul de 44 % depuis février, comparativement à 14 % au Canada », écrit l’économiste Kyle Dahms, de la Banque Nationale.

Plus en détail, l’ISQ indique que les industries productrices de biens ont enregistré une baisse « historique » de 25,1 % en avril, après un repli de 8 % observé en mars. « Ce recul provient essentiellement de la construction (-54,4 %) et de la fabrication (-20,3 %). » Pour leur part les industries productrices de services ont vu leurs activités reculer de 10,9 % en avril,après une diminution de 10,2 % en mars.

« La baisse en avril est essentiellement attribuable aux diminutions observées dans les secteurs du commerce de détail (-24,9 %), des services de transport et d’entreposage (-28,5 %), du commerce de gros (-19,8 %) ainsi que de l’hébergement et des services de restauration (-47,9 %). »

Pour l’ensemble des quatre premiers mois, les secteurs les plus secoués ont été l’hébergement et les services de restauration (-24,6 %), la construction (-13,5 %), les services d’enseignement (-12,7 %), les services de transport et d’entreposage (-12,4 %), le commerce de détail (-11,7 %) et les secteurs de la fabrication (-9,5 %), ajoute l’ISQ.

Rebond plus fort attendu

Si le poids de la lutte contre la pandémie a été plus lourdement ressenti ici, le rebond post-confinement devrait être plus important. Selon les estimations provisoires de l’ISQ, le PIB réel du Québec aurait augmenté d’environ 7 % en mai, contre une progression de 3 % du PIB canadien prévue par Statistique Canada.

« Si l’on se fie aux données du marché du travail de juin, notamment le nombre d’emplois et les heures travaillées, le niveau de l’activité économique au Québec pourrait même être déjà plus près de son sommet d’avant-récession qu’il ne l’est au niveau canadien », ajoute Kyle Dahms.

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