La domination du dollar américain nuit à la reprise mondiale

Le dollar américain est associé à 23% des ventes de biens et services entre les pays, alors que les États-Unis ne comptent que pour 10% du commerce mondial.
Photo: LM Otero Associated Press Le dollar américain est associé à 23% des ventes de biens et services entre les pays, alors que les États-Unis ne comptent que pour 10% du commerce mondial.

L’omniprésence du dollar américain dans le commerce et la finance plombera la reprise économique mondiale, prévient le FMI.

En théorie, l’un des avantages d’avoir une devise dont le taux de change est fixé par la loi de l’offre et de la demande (taux de change flottant) est qu’en période de récession, elle stimule naturellement la reprise économique. En effet, comme l’assombrissement des perspectives économiques d’un pays rend sa monnaie moins attrayante aux yeux des investisseurs et en réduit, par conséquent, la valeur par rapport aux autres devises, les exportations de biens et services deviennent automatiquement meilleur marché à l’étranger et s’y vendent mieux. L’effet devrait être le même pour le tourisme, les visiteurs étrangers appréciant particulièrement les destinations leur assurant un meilleur pouvoir d’achat.

Malheureusement, la place disproportionnée qu’occupent dans l’économie mondiale quelques devises dominantes, notamment le billet vert américain, aura l’effet inverse dans bien des pays durant l’actuelle crise de la COVID-19, rapporte une nouvelle étude dévoilée lundi par le Fonds monétaire international (FMI), particulièrement dans les économies en développement.

En effet, comme les prix d’une grande partie des exportations et des importations de ces pays sont fixés en dollars, ils ne s’ajustent pas à la réalité économique locale, constatent les chercheurs. En fait, non seulement ces pays n’ont pas vu augmenter leurs ventes à l’étranger, mais le coût de leurs importations ainsi que des emprunts de leurs gouvernements et de leurs entreprises s’est aussi alourdi avec la fuite des investisseurs vers les valeurs sûres, comme la devise américaine qui, elle, s’est appréciée.

Un poids disproportionné

Basée sur un nouvel outil permettant de mieux suivre ces dynamiques, l’étude du FMI estime que, même en dehors du marché mondial des matières premières — où il règne en roi et maître —, le dollar américain est associé à presque le quart (23 %) des ventes de biens et services entre les pays, alors que les États-Unis ne comptent, eux-mêmes, que pour 10 % du commerce mondial. Son poids est non moins considérable du côté de la finance, où il occupe, par exemple, les deux tiers du marché obligataire mondial, estimait l’an dernier la Banque d’Angleterre.

Les effets bénéfiques des taux de change flottant devraient, malgré tout, se faire sentir dans certains secteurs importants de l’économie, à commencer par le tourisme. Malheureusement, note le FMI, ce dernier est aussi l’un des plus durement touchés par la crise provoquée par la pandémie de coronavirus.

Ce n’est pas d’hier que l’on souligne, et même que l’on déplore, l’importance disproportionnée et déstabilisatrice du billet vert dans l’économie mondiale, disait l’été dernier l’ancien économiste en chef du FMI, Maurice Obstfeld, lors de la grande réunion annuelle des banquiers centraux à Jackson Hole, au Wyoming. L’élection et les politiques économiques erratiques du président américain Donald Trump n’ont contribué qu’à ajouter du poids à ces critiques. « Quand les États-Unis étaient vus comme un chef de file responsable de l’économie mondiale, c’était moins perçu comme un problème », avait-il observé.

Le temps est que plus venu, pour les pays, de convenir d’une nouvelle « monnaie hégémonique synthétique » qui serait adossée à un panier de devises, à l’exemple des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI, avait suggéré alors le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney.

D’ici là, il est à espérer que les pays finissent, au moins « à moyen terme », par profiter des avantages économiques apportés par l’affaiblissement de leurs monnaies, concluent les auteurs de l’étude du FMI. Mais en attendant, ils devront s’en remettre à des politiques de relance de leurs gouvernements et de leurs banques centrales.

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