Les créanciers du Cirque en voie de se positionner pour reprendre l’entreprise

Les créances du Cirque du Soleil totalisent plus de 1,6 milliard de dollars US.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Les créances du Cirque du Soleil totalisent plus de 1,6 milliard de dollars US.

Les créanciers du Cirque du Soleil, qui critiquaient vivement la trajectoire empruntée par l’entreprise de divertissement dans l’espoir de renouer avec l’équilibre, semblent désormais sur le point de faire pencher le balancier en leur faveur.

Devant la Cour supérieure du Québec, vendredi, il a été révélé que les prêteurs sont sur le point de finaliser une entente avec les conseillers du Cirque qui serait considérée comme soumission d’amorce en lever de rideau de la mise aux enchères de la compagnie — un processus dans lequel Québecor sera vraisemblablement impliqué.

L’audience, qui se déroulait devant le juge Louis Gouin, devait en principe donner le coup d’envoi de l’encan, mais elle a plutôt donné une nouvelle tournure à ce dossier largement médiatisé.

Si un terrain d’entente est trouvé, la proposition viendrait écarter l’arrangement évalué à environ 420 millions $ US et annoncé avec les actionnaires actuels, le fonds texan TPG Capital, la firme chinoise Fosun et la Caisse de dépôt et placement du Québec, le 29 juin lorsque l’entreprise s’est tournée vers la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). Le groupe de prêteurs avait déjà signalé son intention de s’opposer à la convention d’arrangement, la qualifiant de « vouée à l’échec ».

« Nous estimions qu’une entente négociée constituait le scénario optimal pour les deux parties, a expliqué vendredi Martin Rosenthal, de la firme Ernst & Young, qui agit comme contrôleur au dossier, devant la Cour supérieure du Québec. Les deux parties ont travaillé très fort au cours des derniers jours. »

Les créanciers, qui détiennent la dette garantie d’environ 1 milliard $ US du Cirque, auront jusqu’à mardi pour soumettre leur proposition aux conseillers de la société — qui est privée de revenus depuis la mi-mars en raison de la crise sanitaire qui a provoqué l’annulation de ses 44 spectacles et quelque 3480 licenciements. Ses créances totalisent plus de 1,6 milliard $ US.

Cette proposition devrait recevoir l’aval du tribunal vendredi prochain afin de constituer la soumission d’amorce, écartant ainsi la convention d’achat annoncée à la fin juin entre le Cirque et ses actionnaires, qui n’avaient pas offert de commentaires, vendredi après-midi.

« Compte tenu des conditions largement supérieures de l’offre (des prêteurs), nous ne voyons pas comment les conseillers […] peuvent faire autrement que de donner le feu vert afin que l’entente négociée constitue la soumission d’amorce », a expliqué Joe Pasquariello, l’avocat représentant le groupe de créanciers.

Peu de détails

Les détails de la proposition des créanciers n’ont pas été dévoilés, mais selon ce qui a déjà été éventé, l’offre maintiendrait le siège social du Cirque à Montréal et ne solliciterait pas un soutien financier de l’État québécois. Les prêteurs ont déjà proposé une conversion de la dette garantie en actions pour mettre la main sur la totalité du Cirque, ce qui aurait écarté les actionnaires actuels.

D’après un document déposé à la fin juin auprès de la Cour supérieure, les créanciers étaient prêts à bonifier leur mise en injectant 375 millions $ US d’argent neuf, par rapport à 300 millions $ US initialement.

Les propriétaires du Cirque proposent l’injection de 300 millions $ US, notamment en s’appuyant sur le prêt de 200 millions $ US offert par Investissement Québec. En échange d’une restructuration de la dette, les créanciers obtiendraient 45 % de la compagnie ainsi qu’une dette non garantie de 50 millions $ US. Les actionnaires actuels se partageraient les 55 % restants.

Québecor dans le portrait

Par ailleurs, en réponse à une question du juge Gouin, l’avocat représentant Québecor, Me Denis Ferland, a répondu que le conglomérat de communications avait l’intention de « déposer une offre selon les règles mises en place par la cour ».

L’entreprise avait l’intention de contester l’arrangement intervenu entre le Cirque et ses actionnaires et avait des critiques à l’endroit des règles actuelles, qui, a-t-elle fait valoir, l’empêchaient d’échanger directement avec les créanciers.

« Nous voulons parler à ces gens-là afin de déposer une offre qui va être intéressante pour tous », a fait valoir Me Ferland.

Le juge Gouin a toutefois préféré attendre que l’on détermine quelle sera la soumission d’amorce avant de décider ou non si d’autres parties intéressées peuvent communiquer avec les prêteurs du Cirque.