Les conséquences financières de la crise sur Hydro-Québec se précisent

Déjà, au premier trimestre, le bénéfice net était en baisse par rapport à l’an dernier car l’hiver 2020 a été plus clément, ce qui s’est traduit par des factures de chauffage moins élevées.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Déjà, au premier trimestre, le bénéfice net était en baisse par rapport à l’an dernier car l’hiver 2020 a été plus clément, ce qui s’est traduit par des factures de chauffage moins élevées.

L’évolution incertaine de la relance économique empêche de voir avec précision ce qu’Hydro-Québec pourra verser comme dividende pour l’année 2020, mais sa nouvelle p.-d.g., Sophie Brochu, évoque déjà des conséquences de « quelques centaines de millions » sur le bénéfice annuel de la société d’État.

Un mois après que le producteur d’électricité a indiqué que le bénéfice net attendu de 2,9 milliards ne sera vraisemblablement pas atteignable, Mme Brochu, en poste depuis le début du mois d’avril, a énuméré plusieurs facteurs qui auront pour effet de comprimer les revenus d’Hydro-Québec et prévenu qu’il faudra attendre un mois ou deux pour établir un scénario plus clair. La société d’État verse 75 % de son bénéfice net au gouvernement.

« Ça frappe. Comme on dit chez nous, ça fesse fort. Sur une année comme 2020, on peut penser à quelques centaines de millions de dollars d’impact sur le bénéfice. Jusqu’en juin, on avait déjà 130 millions de revenus de moins juste au Québec », a dit Mme Brochu lors d’une conférence organisée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. « La loi de la gravité, on ne peut pas lutter contre ça. Ce qu’on peut faire, doit faire, c’est gérer nos dépenses de fonctionnement et d’exploitation au mieux. Et on doit s’occuper de notre monde, c’est-à-dire nos employés et nos clients », a-t-elle affirmé en faisant référence aux mesures d’allégement pour les clients en situation financière difficile.

Déjà, au premier trimestre, le bénéfice net était en baisse par rapport à l’an dernier, car l’hiver 2020 a été plus clément, ce qui s’est traduit par des factures de chauffage moins élevées. Les prix à l’exportation étaient en légère baisse également. Quant à la pandémie, Hydro-Québec a indiqué le mois dernier qu’elle a provoqué une hausse de la consommation résidentielle de 3 % entre le 13 mars et le milieu du mois de mai, mais un effondrement de 8 à 11 % dans les divers créneaux d’entreprises.

Invitée à s’avancer dans les détails lors d’un point de presse subséquent, Mme Brochu, qui a quitté la direction d’Énergir à la fin de 2019, a dit que « les gens peuvent bien faire 56 scénarios sur là où on va atterrir », mais que la tâche est difficile. « Quand je dis quelques centaines de millions de dollars, je ne parle pas d’un milliard. Ce n’est pas que je veux cacher quoi que ce soit, c’est qu’on n’a pas d’idée du rythme auquel l’économie québécoise va reprendre. On aura une meilleure idée au cours du prochain mois ou des deux prochains mois. »

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Dès son entrée en poste, Mme Brochu a fait valoir l’idée de mettre Hydro-Québec à contribution dans la relance de l’économie, du seul fait que la société d’État est un acteur de taille dans un secteur névralgique. Hydro-Québec prendra des « petits risques », a-t-elle dit. « Il y a des initiatives qu’on va pouvoir peut-être déployer un peu plus rapidement qu’on aurait déployé autrement. Quand on va parler de bornes de recharge, d’électrification des transports, ce que j’appelle l’ossature sur laquelle vont s’asseoir différentes initiatives, on va vouloir s’assurer qu’on n’est pas en retard par rapport à la volonté. »

Les gouvernements investiront notamment dans des projets de transition énergétique à l’issue de la crise, et Hydro-Québec devra être prête à « accueillir de nouvelles charges », a dit Mme Brochu. « Par exemple, la réfection des centrales sur l’île de Montréal, c’est un exemple. Le déploiement des bornes de recharge, c’est un exemple. Certaines initiatives en matière de recherche et de déploiement commercial, cela peut-être aussi un autre exemple. » Ses projets portant sur les réseaux autonomes seront accélérés, par ailleurs.

Présence féminine et diversité

Parmi les gestes faits par Mme Brochu figure la nomination de deux femmes à la table de direction, dont l’une est responsable des technologies (Johanne Duhaime) tandis que l’autre (Claudine Bouchard) est chargée de l’évolution de l’entreprise et des approvisionnements stratégiques. La haute direction entre ainsi dans une « zone paritaire » sans être encore égalitaire, a-t-elle indiqué. Elle souhaite aussi « ajouter des gens qui ont vu d’autres formes d’énergie ».

« Il demeure que ma table du comité de direction est encore blanche, très blanche, et il n’y a pas de doute qu’il va falloir remédier à cette situation », a dit Mme Brochu. Selon Hydro-Québec, le nombre d’employés de minorités visibles et ethniques a augmenté de 50 % de 2015 à 2019 et atteint 8,2 % de l’ensemble du personnel (15,7 % dans la région métropolitaine). « C’est un ratio qu’on va faire évoluer. Ce n’est pas parce que c’est dans l’air du temps, mais parce que c’est intelligent. » La cible est de 19 %, a précisé l’organisation sur Twitter en après-midi.