Les pertes aériennes prendront du temps à se résorber

Les compagnies aériennes s’attendent à perdre 84,3 milliards $US en 2020, pour une marge bénéficiaire nette de –20,1 %.
Photo: Getty Images Les compagnies aériennes s’attendent à perdre 84,3 milliards $US en 2020, pour une marge bénéficiaire nette de –20,1 %.

Pertes historiques anticipées et accroissement rapide de l’endettement posent un défi à un retour à la rentabilité dans l’industrie de l’aviation civile, qui n’est pas en vue avant 2022.

Les prévisions de l’Association du transport aérien international (IATA en anglais) publiées mardi témoignent du choc plutôt brutal de la pandémie et des mesures de restrictions afférentes. Les compagnies aériennes s’attendent à perdre 84,3 milliards $US en 2020, pour une marge bénéficiaire nette de –20,1 %. Les revenus vont chuter de 50 % pour s’établir à 419 milliards, contre 838 milliards en 2019. En 2021, les pertes devraient diminuer à 15,8 milliards, alors que les revenus vont s’élever à 598 milliards, souligne l’Association, qui représente quelque 290 compagnies aériennes revendiquant 82 % du trafic aérien mondial.

En comparaison, elles avaient perdu 31 milliards lors de la Grande Récession de 2008-2009.

« Financièrement, l’année 2020 aura été la pire de l’histoire de l’aviation. En moyenne, chaque jour de cette année apporte des pertes de 230 millions pour l’industrie », a ajouté Alexandre de Juniac, directeur général et chef de la direction de l’IATA. « Cela signifie que, selon le nombre prévu de 2,2 milliards de passagers cette année — comparativement à 4,54 milliards atteint en 2019 —, les compagnies aériennes vont perdre 37,54 $ par passagers. »

Au bilan, les compagnies aériennes avaient commencé l’année 2020 en bonne santé, une décennie de profits ayant permis de maintenir l’endettement à un niveau dit relativement bas de 430 milliards, soit environ la moitié des revenus annuels. « Les mesures d’aide essentielles des gouvernements ont permis aux compagnies aériennes d’éviter la faillite, mais elles ont ajouté 120 milliards au passif, la dette totale passant à 550 milliards ou à environ 92 % des revenus prévus pour 2021 », chiffre l’IATA.

L’industrie table en 2020 sur une lente reprise du trafic, ce qui ne l’empêchera pas de chuter de 54,7 % comparativement à 2019. « Le nombre de passagers devrait être réduit de moitié, à 2,25 milliards. Les revenus du secteur passagers s’établiraient ainsi à 241 milliards contre 612 milliards en 2019. « La chute est pire que la baisse de la demande, ce qui reflète la diminution prévue de 18 % des rendements, du fait que les compagnies aériennes vont tenter d’encourager les gens à voyager en offrant de meilleurs prix. » Les coefficients d’occupation des sièges devraient s’établir à 62,7 % en moyenne en 2020, contre un taux record de 82,5 % enregistré en 2019.

Pour 2021, l’industrie devrait réduire substantiellement ses pertes, soit à environ 5 $US pour chaque passager transporté, pour ramener la marge bénéficiaire nette à –2,6 %. « Les compagnies aériennes seront en mode “rétablissement”, mais les activités demeureront bien en dessous des niveaux de 2019. » L’IATA estime que le nombre total de passagers va rebondir pour atteindre les 3,38 milliards et que le revenu total augmentera de 42 % par rapport à 2020 mais demeurant inférieur de 29 % à celui de 2019.

Ces estimations dépendent notamment de l’efficience opérationnelle dans un contexte de pandémie, de la durée et de la profondeur de la récession et du retour de la confiance des voyageurs. « Les gens vont vouloir prendre l’avion à nouveau, à condition d’avoir confiance dans leur situation financière personnelle et dans les mesures prises pour assurer la sécurité des voyageurs », résume l’IATA.

« Pourvu qu’il n’y ait pas une deuxième vague encore plus néfaste de COVID-19, le pire de cet effondrement du trafic est probablement derrière nous », résume M. de Juniac. « La clé de la reprise réside dans la mise en œuvre universelle des mesures de redémarrage adoptées par l’Organisation de l’aviation civile internationale pour assurer la sécurité des passagers et des équipages. Et grâce au suivi efficace des contacts, ces mesures donneront aux gouvernements la confiance nécessaire à l’ouverture des frontières sans mesures de quarantaine », souhaite-t-il.

À voir en vidéo