La pandémie et les ménages

Les Québécois sont nombreux à subir l’impact direct des effets de la pandémie sur leurs finances personnelles.

On l’a vu dans les données d’avril sur l’emploi de Statistique Canada, le pire étant à venir en mai. À la mi-avril, l’économie québécoise avait perdu 821 000 emplois, effaçant presque un emploi sur cinq. Il faut y ajouter les personnes en emploi, mais ayant travaillé moins d’heures (174 000) ou pas du tout (685 000) pour des raisons liées à la COVID-19. Ainsi, quelque 1,5 million de travailleurs québécois étaient directement touchés par la pandémie, soulignait l’agence fédérale, soit 34,5 % de la main-d’œuvre québécoise.

Afin de mesurer davantage l’impact de la COVID-19 sur les finances personnelles des ménages, les chercheurs et analystes de CIRANO, de la Chaire de recherche sur les enjeux économiques intergénérationnels et de l’Institut sur la retraite et l’épargne de HEC Montréal ont mené une enquête en ligne auprès d’un échantillon aléatoire, mais non probabiliste de 3009 répondants québécois âgés de 25 à 64 ans. L’enquête a été menée entre le 8 et le 20 mai. Un premier aperçu est publié ce samedi.

On y observe que 29,5 % des ménages ont subi un changement de statut d’emploi concernant au moins un conjoint en raison de la COVID-19. De plus, 32 % des hommes et des femmes ont affirmé avoir travaillé moins, pour un recul des heures travaillées de 26,7 % et de 29,5 % respectivement. Globalement, 55,5 % des ménages ont déclaré avoir subi une diminution de revenus d’emploi en avril, pour une baisse de quelque 22,2 %, alors que côté dépenses, celles de 33,6 % des ménages étaient en avril inférieures à la moyenne de 2019, pour un repli de 23 %. Pour l’ensemble des ménages, le revenu total s’est replié en moyenne de 8,4 % et les dépenses, de 7,5 %.

À souligner que 15,3 % des répondants ont eu recours à la Prestation canadienne d’urgence au moment où l’enquête a été réalisée. Et que 18,2 % des ménages ont manqué ou reporté un paiement de loyer ou un versement sur hypothèque, prêt ou carte de crédit en raison de la COVID-19.

Inégalités face à la crise

Les auteurs concluent que dans l’ensemble, malgré l’importance du choc sur le marché du travail, « les revenus et les dépenses de l’ensemble des ménages ont comparativement moins diminué en avril 2020, ce qui suggère qu’ils ont des façons de lisser leurs dépenses, ou que les pleins effets du choc pourraient être à venir ». Pour ajouter qu’il existe toutefois « un groupe important de ménages pour qui les temps sont plus difficiles et qui ont pu être aidés par les mesures de soutien » gouvernemental.

Ces inégalités face à la crise sont d’autant plus ressenties que les secteurs les plus touchés comme la restauration, l’hôtellerie et le commerce de détail, renferment un grand nombre d’employés à faible salaire, au statut précaire, aux avantages sociaux limités, sans protection syndicale et avec peu de possibilités de télétravail. Et si l’on revient aux données de Statistique Canada sur l’emploi d’avril, on observe que les jeunes de 15 à 24 ans, non retenus dans l’enquête, subissent un important contrecoup avec un taux de chômage de 27 %.

Depuis février, les pertes d’emplois ont été plus marquées dans les entreprises comptant moins de 20 employés (-31 %) que dans celles de 100 employés ou plus (13 %). De même, alors que les pertes d’emplois sont légèrement sous les 18 % pour l’ensemble des employés rémunérés, elles s’élèvent à 23 % pour les immigrants récents, à 30 % pour les employés temporaires et à 38 % pour ceux qui gagnaient moins de 16 $ l’heure, pouvait-on lire dans Le Devoir.

1 commentaire
  • Mario Jodoin - Abonné 30 mai 2020 16 h 48

    Pire en mai?

    «le pire étant à venir en mai»

    Pourquoi? Pourtant, la construction et le secteur manufacturier ont pu reprendre entre la mi-avril et la mi-mai, semaines de référence de l'Enquête sur la population active. En plus, à l'extérieur de Montréal, d'autres secteurs ont été déconfinés, dont le commerce de détail non prioritaire. Je ne comprends vraiment pas cette affirmation. En tout cas, on le saura vendredi prochain!