Les consommateurs sont au rendez-vous à Montréal

Plongées dans un calme pour le moins déroutant depuis le début de la pandémie, plusieurs grandes rues de la métropole ont soudainement montré signe de vie lundi.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Plongées dans un calme pour le moins déroutant depuis le début de la pandémie, plusieurs grandes rues de la métropole ont soudainement montré signe de vie lundi.

Des files interminables par endroits, des clients patients malgré tout et des commerçants qui n’en pouvaient tout simplement plus du confinement. Trois semaines après le reste du Québec, la grande région de Montréal a goûté à la réouverture du commerce de détail lundi matin, une expérience jugée particulière tant par les consommateurs que par les propriétaires, dont certains ont été étonnés de voir une file de clients avant même l’ouverture.

Plongées dans un calme pour le moins déroutant depuis le début de la pandémie, plusieurs grandes rues de la métropole ont soudainement montré signe de vie, des clients y déferlant pour effectuer des achats longtemps remis ou, dans certains cas, y retourner de la marchandise achetée avant que le commerce ne soit mis sur pause. Complètement désertée dans les dernières semaines, la rue Sainte-Catherine, au centre-ville, a vite retrouvé ses allures d’artère commerçante dynamique.

Souvent masqués, parfois gantés, les nombreux passants se mêlaient aux travailleurs du chantier de construction de la rue Sainte-Catherine Ouest. Il était ainsi parfois difficile de garder ses distances, surtout à proximité des grandes chaînes de vêtements, devant lesquelles des dizaines de clients faisaient la queue afin de pouvoir entrer.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Près de 60% des PME de la grande région de Montréal redoutent qu’une baisse de consommation de la population nuise davantage à leur situation financière, selon le dernier sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

« Ça fait 30 minutes qu’on attend. Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde aujourd’hui », confie Miranda, qui patientait avec sa fille de 16 ans devant le magasin Zara pour y échanger des vêtements achetés avant la pandémie. La femme dans la quarantaine s’avoue quelque peu stressée d’entrer dans la boutique, alors qu’elle n’a pu mettre la main sur des masques pour elle et sa fille. « Au moins, on a des gants et on peut garder nos distances à l’extérieur. » Devant elles, une dizaine de personnes attendaient aussi d’entrer dans le magasin ; derrière elles, une quarantaine d’autres.

Une file d’attente qui a découragé Catherine Fluet et ses amies, qui se dirigeaient déjà vers un autre magasin. Les quatre jeunes femmes dans la vingtaine sont infirmières. Originaires de Québec, elles sont venues prêter main-forte dans la métropole depuis début mai. « On avait pour une fois toutes les quatre congé en même temps et ça tombait avec la réouverture des magasins. On s’est dit que c’était un signe », lance Catherine Fluet en riant derrière son masque chirurgical. Pour faire changement de leurs rencontres dans les parcs, elles ont préféré arpenter la rue Sainte-Catherine. « On avait hâte que ça rouvre, ça fait quand même deux mois que c’est fermé. En plus, on avait toutes une petite liste d’achats. J’avais par exemple besoin de quelques vêtements moins chauds maintenant que c’est l’été, et du linge de sport aussi, car je fais beaucoup d’exercice en ce moment », souligne-t-elle.

Des commerces transformés

Deux coins de rue plus loin, William Frenette et Alexander Soucy comparaient à vue d’œil les longues files d’attente pour optimiser leur après-midi de magasinage. « On se disait bien que Sainte-Catherine serait bondée de monde, mais on pensait que ce serait mieux réparti dans les magasins », s’étonne Alexander Soucy, quelque peu déçu. Le jeune homme attendait la réouverture des magasins à Montréal pour pouvoir s’acheter une nouvelle paire de souliers, quelques trous s’étant formés dans ceux qu’il portait aux pieds. « Ça ne me tentait pas de commander en ligne. J’aime ça voir, toucher, essayer avant d’acheter. Ce n’est vraiment pas pareil quand tu achètes sur Internet », explique-t-il.

À l’intérieur des commerces, l’expérience était elle aussi sans précédent. « Ça se passe bien. C’est sûr que les employés étaient un peu plus inquiets de travailler dans l’optique de la COVID, mais on a mis en place toutes les procédures de désinfection habituelles : désinfection des mains, trafic, distanciation, etc. », a dit Marise Descôteaux, gérante du magasin Joubec, rue Fleury dans le quartier Ahuntsic. « On a installé des panneaux devant les caisses, les employés ont des masques s’ils veulent en porter. Les gens sont très respectueux. Ils entrent, se lavent les mains et la plupart d’entre eux ont des masques. »

S’il n’y avait pas de file d’attente à l’ouverture, « il y a toujours des clients », a dit Mme Descôteaux. « Ce n’est pas plusieurs à la fois. C’est bon, quand on ouvre, de ne pas en avoir trop en même temps, pour permettre la distanciation et pour que ça se déroule doucement. » Ce qu’ils achètent ? « Principalement des choses pour s’occuper. Donc des jeux pour amuser les enfants et, pour les adultes c’est davantage des casse-tête. »

On a installé des panneaux devant les caisses, les employés ont des masques s’ils veulent en porter. Les gens sont très respectueux. Ils entrent, se lavent les mains et la plupart d’entre eux ont des masques.  

 

« Les gens sont excités d’être à l’extérieur de la maison, de rentrer au travail, de retrouver leurs amis au travail. En même temps, je trouve qu’ils sont stressés. Une employée a pris le métro pour venir et elle a trouvé ça difficile », a raconté Mariam Bowen, copropriétaire du magasin Jet-Setter, sur le boulevard Saint-Laurent. L’employée s’est étonnée de voir autant de gens sans masque prendre le transport en commun. La boutique a suivi à la lettre les directives de la santé publique : affiches énumérant les consignes, table avec désinfectant pour les mains, panneaux protecteurs au comptoir, flèches au plancher. Les propriétaires exigent que les clients portent un masque, mais peuvent en fournir au besoin. « Je pense que ça va très bien. Les gens sont heureux de sortir et de magasiner. » Les clients venus chez Jet-Setter lundi cherchaient notamment des objets du quotidien : chapeau, tasse à café, etc. Or à la base, Jet-Setter est une boutique de valises, de sacs et d’accessoires de circonstance. L’avenir du tourisme est encore dans le brouillard. « À la longue, on verra ce qui se passe avec le domaine du voyage », dit Mariam Bowen.

Pour l’instant, près de 60 % des PME de la grande région de Montréal redoutent qu’une baisse de consommation de la population nuise davantage à leur situation financière, déjà fortement éprouvée par les deux mois de mesures de confinement, selon le dernier sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Son vice-président pour le Québec, François Vincent, milite pour une aide directe aux commerçants afin de gérer les problèmes de paiement de loyer, mais aussi pour l’achat local. Il a pris le pont pour visiter le Quartier Dix30 et est sorti dans son propre quartier montréalais pour encourager sa fleuriste. « Soixante-trois jours sans pouvoir joindre facilement ses clients, c’est très, très long. »

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