La Commission européenne se dit préoccupée par l’acquisition de Transat

Les actionnaires de la société mère d’Air Transat avaient massivement accepté l’offre bonifiée de 18 $ par action — soit environ 720 millions de dollars — proposée par Air Canada.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Les actionnaires de la société mère d’Air Transat avaient massivement accepté l’offre bonifiée de 18 $ par action — soit environ 720 millions de dollars — proposée par Air Canada.

La prise de contrôle de Transat A.T. par Air Canada pourrait se traduire par des prix plus élevés et une diminution de l’offre, s’inquiète la Commission européenne, qui se penchera de manière approfondie sur cette transaction dont la clôture, qui sera retardée, apparaît de plus en plus incertaine.

Après le Bureau de la concurrence du Canada — dont l’avis n’est toutefois que consultatif — en mars, les autorités réglementaires européennes, qui doivent également donner leur aval au regroupement afin qu’il puisse aller de l’avant, ont également soulevé des préoccupations, lundi.

À la Bourse de Toronto, le titre de Transat A.T. a abandonné 7 %, ou 53 cents, lundi, pour terminer à 7 $. Cela est largement inférieur au prix de 18 $ par action proposé par Air Canada dans le cadre de son offre de 720 millions $.

Selon l’analyse préliminaire de la Commission européenne, la concurrence pourrait s’amenuiser sur 33 liaisons entre le Canada et le Vieux Continent si Air Canada est en mesure de prendre sous son aile le voyagiste québécois. Dans 29 villes, les deux compagnies proposent des services directs et pour quatre autres, l’une d’elles propose des vols directs et l’autre des vols indirects par l’intermédiaire d’aéroports « pivots ».

« La période est difficile, en particulier sur les marchés fortement touchés par l’épidémie de (COVID-19), mais le retour à des conditions normales et saines sur le marché passe par le maintien de la concurrence », a souligné la vice-présidente exécutive chargée de la politique de concurrence, Margrethe Vestager.

La Commission européenne se donne jusqu’au 30 septembre pour trancher dans ce dossier.

Plus de temps

Transat A.T. a ainsi décidé de se prévaloir de l’option qui lui permet de repousser d’un mois, soit au 27 juillet, la « date butoir » initialement fixée au 27 juin dans la convention d’arrangement entre les deux parties. Le voyagiste dispose de deux autres options du genre. La date peut également être repoussée de trois mois de plus en vertu de certaines conditions.

« Cette prolongation s’inscrit dans le processus normal d’évaluation par la Commission européenne [...] lequel est actuellement compliqué par la pandémie de COVID-19 et son impact sur le marché international de l’aviation commerciale », a fait valoir Transat A.T.

Initialement prévue pour le deuxième trimestre de l’année, la clôture est maintenant attendue « pour le début » du quatrième trimestre.

Air Canada n’a pas voulu commenter la décision de la Commission européenne, se limitant à dire que le processus réglementaire suivait son cours.

Interrogé la semaine dernière dans le cadre d’une conférence destinée aux investisseurs, le chef de la direction financière d’Air Canada, Michael Rousseau, n’avait pas voulu commenter la transaction alors que l’industrie aérienne se retrouve paralysée et que le cours du titre de Transat A.T. a piqué du nez.

« L’entente est toujours sur la table puisque les actionnaires [de Transat] l’ont approuvée, avait-il dit. C’est un accord qui doit obtenir l’approbation des autorités réglementaires. »

En mars, le Bureau de la concurrence avait également réservé un accueil défavorable à la transaction, mais son analyse avait été menée avant l’éclosion de la pandémie. L’organisme fédéral avait anticipé des effets négatifs sur 83 liaisons, dont 49 entre le Canada et l’Europe, ainsi que 34 autres vers les destinations soleil, en Floride, au Mexique, en Amérique centrale et dans les Antilles.

Plus d’incertitude

Après avoir discuté avec des représentants de la Commission européenne, l’analyste Mona Nazir, de Valeurs mobilières Banque Laurentienne, a indiqué, dans une note envoyée par courriel, qu’une transaction pouvait être conclue même en cas de verdict négatif si des aménagements sont proposés.

« Avec Air Canada qui évoque la période la » plus sombre de l’histoire de l’aviation « en raison des effets de la pandémie, nous croyons qu’une potentielle décision négative [...] pourrait être accueillie favorablement par Air Canada », a-t-elle écrit.

Ensemble, Air Canada et la société mère du transporteur Air Transat détiendraient une part du marché transatlantique de 60 % depuis le Canada, se chevaucheraient sur certaines destinations soleil en plus d’avoir une emprise sur les voyages aériens à Montréal.

Le rapport du Bureau avait été remis au ministre des Transports, Marc Garneau. Il devait être analysé, en compagnie de plusieurs autres documents, afin de permettre au gouvernement Trudeau de se prononcer — ce qui n’a toujours pas été fait. Dans un courriel, Livia Belcea, l’attachée de presse du ministre Garneau, a indiqué qu’il n’y avait pas d’échéancier pour une décision.