La crise des CHSLD a retardé la réouverture de l’économie

La relance de l’économie québécoise passera par les secteurs de la construction et de la production manufacturière.
Photo: iStock La relance de l’économie québécoise passera par les secteurs de la construction et de la production manufacturière.

Le plan du gouvernement Legault pour remettre 1,4 million de Québécois au travail sera dévoilé mardi, soit deux semaines plus tard que prévu. Il était prêt à être présenté le 14 avril, au retour du congé de Pâques, mais la crise dans les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) a tout bouleversé.

« C’est clair qu’on veut repartir l’économie le plus rapidement possible, tout en respectant, évidemment, les règles sanitaires imposées par la santé publique, avait reconnu le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en commission parlementaire vendredi. Et, en même temps, il faut anticiper qu’on a un nouveau monde dans lequel nous allons opérer. Les consommateurs vont définitivement avoir des comportements qui sont très différents de ce que nous avons vu dans le passé. »

La relance de l’économie québécoise passera par deux secteurs clés : la construction et la production manufacturière. Ce sont ces secteurs « qui vont avoir le plus gros impact sur la création de richesse », de l’avis du ministre.

« Selon les hypothèses que nous avons présentement sur l’ouverture de ces deux chantiers-là, nous croyons qu’on a une chance au premier ou au deuxième trimestre de 2021 d’avoir un PIB qui pourrait être revenu au niveau où il était au premier trimestre », avait-il affirmé.

Cette reprise ne se fera pas sans « une injection de fonds de la part du gouvernement, soit en assistance aux entreprises pour pallier cette période-là ou soit carrément des programmes de crédits pour stimuler l’économie » par l’entremise du Plan québécois des infrastructures (PQI). Le premier ministre Legault a déjà dit la semaine dernière qu’il comptait accélérer la construction des Maisons des aînés. À cela s’ajouteront les routes et les écoles. L’éducation avait déjà obtenu la part du lion lors du budget 2020 avec 5,9 milliards de dollars du PQI alloué à l’agrandissement, à la rénovation et à la construction d’établissements scolaires jusqu’en 2030. Le budget qui avait été présenté le 10 mars, soit trois jours avant la fermeture des écoles, doit être révisé en juin pour refléter les pertes de revenus et les nouveaux programmes d’aide créés durant la crise.

« Au niveau manufacturier, évidemment, on est tributaires de la chaîne d’approvisionnement international, a indiqué M. Fitzgibbon. Mais je parle aux grands donneurs d’ordres et je pense qu’on est capable de repartir ça assez vite. » La production locale de matériel médical, de médicaments et d’aliments fera partie des priorités.

Le gouvernement a consulté 15 regroupements, soit plus de mille personnes des divers secteurs de l’économie québécoise, pour élaborer son plan, selon le ministre.

Retour sécuritaire ?

Plusieurs questions se posent sur la sécurité des employés qui devront retourner au travail. « Pour que ça fonctionne, le plan de déconfinement, il faut que les employeurs et les employés aient confiance, et pour qu’ils aient confiance, je pense que ce qui va être incontournable, c’est la question des tests », a souligné la porte-parole de l’opposition officielle en matière d’économie, Dominique Anglade.

« Mettez-vous à la place d’employeurs qui ont fait rentrer leurs employés, a ajouté la députée libérale. S’il y a en a un qui l’attrape, il va falloir tester tout le monde. Il va falloir rassurer les gens très, très, très rapidement. »

Le premier ministre François Legault s’est justement voulu rassurant lorsque la question lui a été posée lors de sa conférence de presse quotidienne, lundi. « D’abord, on est un des endroits au monde où, par million d’habitants, on teste le plus, avec l’Allemagne, a-t-il répété. On teste trois fois plus que l’Ontario, toutes proportions gardées. Donc, on teste déjà beaucoup et on va augmenter le nombre de tests. Puis, moi, ça a été une des questions que j’ai posées. Est-ce qu’on est assurés d’avoir tout l’équipement nécessaire pour les tests ? On m’assure que oui. »

Les problèmes d’approvisionnement en écouvillons et en réactif sont réglés, a affirmé le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda. « On a une capacité qui peut monter rapidement à 15 000 tests », a-t-il indiqué, en ajoutant que ce nombre pourrait doubler avec l’utilisation de la technique par PCR (test d’amplification des acides nucléiques).

Mais, au-delà des tests diagnostics, il y a aussi la prévention qui devra être effectuée par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Des guides pratiques sur la protection des employés sont en cours d’élaboration. « Il faut s’assurer que ces guides sanitaires sont appliqués, a affirmé le porte-parole de Québec solidaire en matière d’économie, Vincent Marissal. Ça veut dire qu’il faut qu’il y ait des inspections, ça veut dire aussi qu’il faut qu’il y ait de l’aide financière pour les entreprises qui vont rouvrir pour ne pas que des commerces rouvrent, ne sachent pas trop comment faire et que, finalement, ils pensent qu’ils sont immunisés avec une bouteille de Purell. »

Les quelque 300 inspecteurs de la CNESST seront chargés de l’application des nouvelles mesures de santé et de sécurité au travail. « Là où ça va être compliqué, c’est pour les petites shops qu’on ne voit pas, a fait remarquer le député solidaire. Juste à Montréal, il y a 30 000 PME. Il n’y aura pas 300 inspecteurs juste pour Montréal. »

Le porte-parole du Parti québécois en matière d’économie, Martin Ouellet, doute également que ce soit suffisant. « Si on prend le chiffre de 200 000 PME au Québec, qui peuvent avoir une situation particulière comparativement aux autres, je pense qu’il pourrait manquer d’inspecteurs, a-t-il avancé. Il pourrait y avoir une ligne 1-800 pour répondre à toutes ces questions-là et s’assurer que l’employeur a tous les outils en main pour réussir son déconfinement. »

Le ministre du Travail, Jean Boulet, avait indiqué au Devoir vendredi qu’il n’avait pas l’intention d’augmenter le nombre d’inspecteurs dans l’immédiat, mais n’excluait pas d’en ajouter si le besoin se faisait sentir.

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