Les restaurateurs croulent sous l’endettement

Depuis le 1<sup>er</sup> mars, 10 % des restaurants au Canada ont fermé leurs portes de façon définitive et 80 % des propriétaires ont dû mettre du personnel à pied.
Photo: Stacey DiFazio Getty Images Depuis le 1er mars, 10 % des restaurants au Canada ont fermé leurs portes de façon définitive et 80 % des propriétaires ont dû mettre du personnel à pied.

L’incapacité de payer son loyer devient un enjeu crucial pour les restaurateurs. Contraints qu’ils sont à un endettement élevé par ces mesures de restrictions accompagnant la réponse à l’expansion de la pandémie du coronavirus, un restaurant indépendant sur deux ne pense pas survivre plus de trois mois dans ces conditions.

Un nouveau sondage réalisé par Restaurants Canada évoque des fermetures massives et un endettement de plus en plus difficile à supporter. Ainsi, près de 75 % des répondants ont déclaré qu’ils étaient très ou extrêmement préoccupés par leur niveau d’endettement actuel. Et ils sont aussi nombreux à citer le loyer comme étant leur principale source d’endettement.

Fermetures en vue

Aussi, si les conditions ne s’améliorent pas d’ici trois mois, un restaurant indépendant sur deux ne croit pas pouvoir survivre et la plupart des entreprises à unités multiples devront fermer au moins un de leurs établissements, peut-on lire dans les conclusions publiées jeudi. « Même les restaurateurs les plus expérimentés ont de la difficulté à faire face à leurs obligations de loyer, ce sans faute de leur part, en raison de la situation sans précédent à laquelle nous sommes confrontés », souligne Shanna Munro, p.-d.g. de Restaurants Canada.

10%
C’est la part des quelques 100 000 restaurants au Canada qui ne rouvriront plus jamais leurs portes

Au début du mois, l’association sans but lucratif, qui représente le secteur des services alimentaires canadiens, chiffrait à 800 000 les pertes d’emploi provoquées par la crise de la COVID-19 dans ce secteur commercial. Depuis le 1er mars, 10 % des restaurants au Canada ont fermé leurs portes de façon définitive et 80 % des propriétaires de restaurants ont dû mettre du personnel à pied. Face à la persistance de la crise, Restaurants Canada prévoyait un recul des ventes de près de 20 milliards au deuxième trimestre de 2020.

« Au Québec l’industrie de la restauration représentait, avant la crise, 18 milliards de dollars. Avec déjà plus de 175 000 emplois perdus au Québec, les pertes d’exploitation se chiffreront à au moins 3,7 milliards pour le deuxième trimestre de 2020 », ajoute-t-elle.

Appel à l’aide

Parmi ses recommandations, Restaurants Canada souhaite un moratoire immédiat sur les évictions et les fermetures forcées pour les locataires commerciaux, une aide au loyer selon un pourcentage correspondant à la baisse des recettes, et le maintien des mesures tout au long de la reprise économique, jusqu’à ce qu’un établissement revienne à 70 % de ses revenus d’avant-crise, peut-on lire dans le communiqué.

Selon les données de Statistique Canada publiées au début du mois, plus de 3 millions, ou 16 % des travailleurs canadiens, ont perdu leur emploi ou vu leur nombre d’heures de travail réduites d’au moins la moitié en l’espace d’un mois seulement. Au Québec, le choc touche quelque 800 000 travailleurs, soit plus d’un sur six (18 %).

Les données cumulées pendant la semaine du 15 au 21 mars indiquaient que les emplois les plus visés par cette saignée se retrouvent dans le secteur de l’hébergement et de la restauration avec un recul de plus de 40 % du nombre total d’heures travaillées, suivi par le monde de l’information, de la culture et des loisirs (plus de 30 %). Dans une analyse publiée la veille, les économistes de la Banque CIBC estimaient que 10 % des quelque 100 000 restaurants au Canada ne rouvriront plus jamais leurs portes et que cette proportion aura doublé le mois prochain, peut-on lire dans un texte du Devoir.

Le sondage dévoilé jeudi a été réalisé entre les 15 et 21 avril après que Restaurants Canada a reçu les réponses de 914 exploitants de services alimentaires de toutes les régions du Canada. La marge d’erreur n’est pas précisée.

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