Le FMI prédit un recul mondial de 3% en 2020

La pandémie de COVID-19 a plongé le monde dans sa pire crise économique de l’après-guerre, estime le FMI. La lutte que lui livrent les gouvernements ne doit pas faiblir, sans quoi le prix à payer risque d’être plus lourd encore.

« Une catastrophe rare », sous la forme d’une pandémie de coronavirus mortel, qui a forcé les pays à placer le monde dans un « Grand Confinement ». « L’ampleur et la vitesse de l’effondrement de l’activité qui s’est ensuivi ne ressemblent à rien de ce que nous avons connu de notre vivant », a résumé mardi l’économiste en chef du Fonds monétaire internationale, Gita Gopinath, au moment de mettre à jour les prévisions économiques de son organisation. « Le Grand Confinement constitue ainsi la pire récession depuis la Grande Dépression [des années 1930] et est bien plus grave que la [dernière] grande crise financière. »

« Le monde a énormément changé au cours des trois mois qui se sont écoulés » depuis la dernière mise à jour des perspectives économiques du FMI en janvier, a-t-elle noté. À cette époque, qui apparaît aujourd’hui bien lointaine, on croyait encore que la croissance mondiale allait s’élever à 3,3 % cette année. À la place, le FMI s’attend désormais à un recul de 3 %, ce qui peut paraître encore loin des quelque 10 % que l’économie mondiale aurait perdus durant la terrible crise de 1929 à 1932, mais c’est 30 fois plus sévère que l’impact de la dernière crise financière (–0,1 %), que le FMI ne semble plus vouloir appeler aujourd’hui, comme auparavant, la « Grande Récession ».

Une lente reprise

Si, pour la première fois depuis la Grande Dépression, pays riches et pays en développement sont entrés en récession, le recul économique pour les premiers (–6,1 % en 2020 contre –16 % de 1929 à 1930) sera plus marqué que pour les seconds (–1 %). En effet, le repli de la croissance auquel on devrait, par exemple, assister cette année aux États-Unis (de 1,7 % l’an dernier à –6,1 % en 2020), dans la zone euro (de 1,2 % à –7,5 %), au Japon (de 0,7 % à –5,2 %) ou au Canada (de 1,6 % à –6,2 %) devrait se révéler plus douloureux que ce qui attend, entre autres, la Chine (de 6,1 % à 1,2 %), l’Inde (de 4,2 % à 1,9 %), le Mexique (de –0,1 % à –6,6 %) ou le Nigeria (de 2,2 % à –3,4 %).

Cette dégringolade économique devrait être suivie, dans la plupart des pays, par un rebond dès la seconde moitié de l’année, pense le FMI, mais à peine suffisant, dans les pays avancés, pour permettre à leurs économies de revenir, à la fin de 2021, au point où elles étaient trois ans auparavant, c’est-à-dire au début de 2019. Entre-temps, et en dépit d’une croissance mondiale de 5,8 % l’an prochain et de 4,5 % dans les pays avancés, la pandémie aura fait perdre à l’économie mondiale environ 9000 milliards $US, soit plus que les économies du Japon et de l’Allemagne réunies.

- 6,2%
C’est le recul que devrait subir la croissance économique du Canada cette année.

L’élaboration de prévisions économiques « n’a jamais été un exercice évident, mais cette fois nous faisons face à un niveau d’incertitude extrême », a précisé lors d’une téléconférence le directeur adjoint à la recherche du FMI, Gian Maria Milesi-Ferretti.

Les choses pourraient notamment se compliquer, prévient le FMI. Il suffirait, par exemple, que la bataille contre la pandémie dure 50 % plus longtemps que ce qui est envisagé pour ajouter trois points de pourcentage à la chute de la croissance cette année, de –3 % à –6 % pour le monde et de –6,1 % à –9,1 % pour les pays développés. Si, en plus, la pandémie devait connaître une deuxième vague, la prochaine année ne se bouclerait plus par une croissance économique de 5,8 % dans le monde et de 4,5 % dans les pays avancés, mais par la perte de 8 points de pourcentage de PIB, pour des reculs de respectivement 2,2 % et 3,5 % en 2021.

Encore plus d’aide des États

Dans ce contexte, les mesures de distanciation sociale et de confinement visant la stabilisation de la propagation de la COVID-19 ne permettent pas seulement de sauver des vies, elles aideront aussi la reprise économique. « Il ne s’agit pas d’un choix entre la protection de la vie et la protection des moyens d’existence », a martelé Gita Gopinath.

Le FMI encourage les gouvernements et les banques centrales à ne pas trop regarder à la dépense et à poursuivre leurs politiques d’aide d’urgence et d’injection de liquidités afin d’assurer le maximum de moyens de lutte contre la pandémie et d’éviter qu’elle n’inflige des « cicatrices » économiques trop profondes aux ménages et aux entreprises. Il les prévient aussi qu’un effort fiscal, monétaire et financier sera également requis, une fois que le pire de la crise sanitaire sera passé, afin de favoriser la reprise économique.

« À mesure que les dispositions d’endiguement seront levées, il faudra rapidement soutenir la demande, encourager l’embauche dans les entreprises et assainir les bilans dans les secteurs privé et public pour favoriser la reprise », a affirmé Gita Gopinath. Une action coordonnée entre les pays en augmenterait considérablement l’efficacité, alors qu’à l’inverse une fermeture des frontières ne contribuerait qu’à réduire leur potentiel de rebond économique.