Les exportateurs québécois pensent déjà à l’après-crise

Même si les statistiques officielles sur le commerce international ou l’investissement étranger susceptibles de rendre compte de l’ampleur de la crise ne sont pas encore prêtes, on en a déjà une bonne idée.
Photo: Seth Wenig Associated Press Même si les statistiques officielles sur le commerce international ou l’investissement étranger susceptibles de rendre compte de l’ampleur de la crise ne sont pas encore prêtes, on en a déjà une bonne idée.

Frappées de plein fouet par la crise sanitaire actuelle, les entreprises habituées à faire des affaires avec les États-Unis doivent se préparer dès maintenant pour de pas rater le redécollage des échanges, disent leurs représentants.

Bien qu’encore en train de prendre la mesure exacte du choc qu’elles subissent et d’essayer de comprendre les règles de l’aide offerte par les gouvernements, les principales entreprises concernées commenceront à se pencher sur la question de l’après-pandémie de COVID-19 dès cette semaine, a expliqué en entretien téléphonique au Devoir la semaine dernière le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc. « Il va falloir être prêts, parce que, dès que les obstacles au commerce vont commencer à s’abaisser — aux États-Unis ou ailleurs dans le monde —, il va y avoir un formidable appel à reconstituer les stocks. »

Il faudra être capables de redécoller dès que le pire de la crise sera passé, sans quoi on risque de voir nos concurrents du reste du Canada ou de l’étranger en profiter pour nous remplacer

 

Il n’y aura pas de temps à perdre, renchérit Véronique Proulx, présidente-directrice générale des Manufacturiers et Exportateurs du Québec, particulièrement pour les grands donneurs d’ordre des secteurs phares de l’économie québécoise, comme l’industrie aérospatiale et du transport. « Il faudra être capables de redécoller dès que le pire de la crise sera passé, sans quoi on risque de voir nos concurrents du reste du Canada ou de l’étranger en profiter pour nous remplacer. »

Un choc qui fait mal

Même si les statistiques officielles sur le commerce international ou l’investissement étranger susceptibles de rendre compte de l’ampleur de la crise ne sont pas encore prêtes, on en a déjà une bonne idée.

Bien que, au contraire du transport des personnes, le passage des marchandises reste, en principe, ouvert à la frontière avec les États-Unis, on rapportait déjà, il y a deux semaines, une diminution du quart du volume de camions entrés au Canada et de 92 % du trafic aérien entre les deux pays, souligne Michel Leblanc. Quant aux investissements, « tout est gelé, dit-il. Toutes les entreprises sont en mode protection de leurs liquidités ». « Pour un pays qui compte pour 70 % de notre commerce et 20 % notre PIB, ça fait très très mal. »

En fait, on voit deux mondes parallèles, explique Véronique Proulx. D’un côté, les secteurs qualifiés d’essentiels, comme celui de la défense, continuent leurs activités presque comme si de rien n’était, alors que les autres sont tombés au point mort. Il arrive que des entreprises qui auraient pu continuer soient freinées par leurs compagnies mères ou leurs fournisseurs aux États-Unis. Ce qui n’aide pas, c’est que la nature des nouvelles règles des gouvernements en matière sanitaire, comme de leur aide d’urgence, n’est pas encore claire pour tout le monde.

Le retard américain

Si la situation sanitaire apparaît relativement maîtrisée au Québec et au Canada, c’est malheureusement moins vrai aux États-Unis, observe Michel Leblanc. « Le danger est de voir la reprise canadienne plombée par un redécollage plus lent aux États-Unis. » Aussi, dit-il, ne faut-il pas seulement se préparer à réinvestir le marché américain, mais aussi tout autre marché, notamment ceux avec lesquels le Canada vient de signer de nouveaux accords commerciaux, l’Europe et l’Asie-Pacifique.

Entre-temps, il faudra apprendre à vivre avec la pandémie de COVID-19, dit Véronique Proulx. « On ne peut pas attendre le vaccin, ou la fin de toute forme de confinement, pour recommencer à fonctionner. »