Le Bureau de la concurrence défavorable à l’achat de Transat par Air Canada

Selon le Bureau de la concurrence, l'achat de Transat par Air Canada entraînerait des hausses de prix sur certains trajets. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon le Bureau de la concurrence, l'achat de Transat par Air Canada entraînerait des hausses de prix sur certains trajets. 

L’achat du voyagiste Transat par le transporteur Air Canada pose un certain nombre de problèmes en raison des trajets qui se chevauchent vers l’Europe et le Sud, a averti vendredi le Bureau de la concurrence dans un rapport transmis au ministre des Transports, Marc Garneau.

Selon le Bureau, la transaction de 720 millions, approuvée par les actionnaires de Transat en août dernier, aura « vraisemblablement pour effet d’empêcher ou de diminuer sensiblement la concurrence » dans la vente de vols et de forfaits, car les deux compagnies se retrouvent souvent à desservir les mêmes destinations.

« L’élimination de la rivalité entre ces entreprises de transport aérien entraînerait une augmentation des prix, une diminution des services et une réduction importante des voyages effectués par les Canadiens sur certains trajets où leurs réseaux actuels se chevauchent », a indiqué le Bureau dans un communiqué publié en fin de journée.

Selon son personnel, la transaction aurait des effets concrets sur 83 trajets qui se chevauchent, soit 49 avec l’Europe et 34 avec les destinations soleil, parmi lesquelles se trouvent le Mexique et les Caraïbes. Sur 22 de ces trajets, Air Canada et Transat sont les deux seuls transporteurs qui effectuent des vols sans escale, a ajouté le Bureau.

Transports Canada a jusqu’au 2 mai pour produire sa propre analyse. Le ministre Garneau soumettra alors une recommandation au Conseil des ministres, qui tranchera.

« Étant donné l’impact sans précédent de la crise provoquée par la COVID-19 sur l’industrie du transport aérien et l’état d’urgence à l’échelle mondiale, nous allons examiner les conclusions du Bureau de la concurrence en temps et lieu », a réagi Air Canada. La compagnie veille à la sécurité du personnel et des clients, tout en essayant de contrôler ses coûts alors qu’elle poursuit les vols de rapatriement, a-t-elle précisé.

Il faut prendre le rapport du Bureau « avec un peu de distance et ne pas en tirer de conclusions quant à la décision finale », a affirmé le président et chef de la direction de Transat, Jean-Marc Eustache. « Le rôle du commissaire de la concurrence se limite à étudier les impacts sur la concurrence dans le marché, autrement dit à pointer les difficultés, sans nécessairement envisager les solutions ou les mesures correctives qui pourraient être mises en place, ni prendre plus largement en compte l’intérêt public. L’évaluation de Transports Canada apportera un éclairage plus complet sur les tenants et aboutissants de la transaction et sur l’ensemble des retombées sur la population et l’économie canadiennes. »

Les conclusions du rapport du Bureau n’ont rien de surprenant compte tenu de la crise actuelle, a dit Karl Moore, professeur à l’Université McGill et observateur aguerri de l’industrie aérienne. « Je penserais que le gouvernement pourrait être plus compréhensif à l’égard de la fusion. »

Lorsqu’est venu le temps de soumettre la transaction au vote des actionnaires, M. Eustache avait présenté l’entente comme une « nouvelle plateforme de développement » pour Transat, qui devait se battre de plus en plus fort pour affronter la concurrence dans son secteur. La transaction était « logique », selon le président de l’entreprise.

Transat compte normalement environ 5000 employés au Québec, contre 10 000 pour Air Canada. Celle-ci s’était engagée à maintenir le siège de Transat, au pied du mont Royal, de même que la marque. Certains actionnaires, cependant, n’ont pas hésité à dire qu’ils auraient apprécié davantage de clarté et des engagements plus fermes quant au sort des emplois au sein de Transat.