Analyse: crise sanitaire liée à la COVID-19 et absence de repères

Contrairement à la crise des «subprimes» ayant secoué les banques et menée à une crise financière suivie d’une récession, la pandémie paralyse l’économie réelle.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Contrairement à la crise des «subprimes» ayant secoué les banques et menée à une crise financière suivie d’une récession, la pandémie paralyse l’économie réelle.

Cette crise a ceci d’unique qu’elle se caractérise par l’absence de repères. L’histoire n’est d’aucune utilité pour analyser et prévoir la fin de cette récession globale annoncée atypique, causée par une pandémie devenue crise sanitaire. Une récession dont l’ampleur sera déterminée par la durée de l’expansion du coronavirus dans le monde.

Dans une lettre aux médias, les représentants patronaux le soulèvent. « La crise que nous vivons aujourd’hui ainsi que tous les défis que nous aurons à surmonter collectivement ne peuvent se comparer à aucune situation survenue depuis plus d’un siècle. » Face à l’arrêt brutal de l’économie, le Conseil du patronat du Québec, la Fédération des chambres de commerce du Québec, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et Manufacturiers et exportateurs du Québec saluent grandement les mesures d’urgence aux entreprises et aux travailleurs appliquées par Ottawa et Québec. Tout en dressant une longue liste de l’aide nécessaire ciblée et des contraintes réglementaires ou fiscales à assouplir pour leur permettre de survivre à la crise, de protéger leurs liquidités et de préparer une après-crise sans endettement accru.

Là semble en effet se limiter la réaction budgétaire et fiscale à une crise dont la durée est suspendue à l’atteinte du pic de la pandémie et à des mesures de confinement. Sur le plan monétaire, l’action des banques centrales consiste également à créer un environnement propice à une reprise accélérée, avec des taux directeurs rendus à zéro, ou presque, comme en 2008. La Réserve fédérale avait alors atteint ce que des économistes appellent un trou noir monétaire lors de la crise financière, forcée qu’elle a été de sortir l’arme de l’assouplissement quantitatif. Ici, l’objectif consiste à éviter que la récession économique n’enclenche une crise financière tout en abaissant le coût de l’endettement. Et contrairement à 2008, ce seraient cette fois les banques commerciales, moins les banques d’affaires, qui se retrouveraient en première ligne. L’impact « Wall Street/Main Street » s’en trouverait inversé.

Surtout, par des injections massives, les banques centrales travaillent à maintenir la liquidité du système financier et à éponger les déséquilibres tout en envisageant le débordement de leur soutien aux banques commerciales dans leurs activités de prêts auprès des ménages et des petites entreprises. Ce que suggèrent les anciens présidents de l’institution Ben Bernanke et Janet Yellen.

Contrairement à la crise des subprimes ayant secoué les banques et mené à une crise financière suivie d’une récession, la pandémie paralyse l’économie réelle. Les entreprises de toutes les tailles et de tous les secteurs — aéronautique, services, tourisme et hôtellerie en tête — paient le prix d’un confinement dont les conséquences se trouvent amplifiées par l’effondrement des cours boursiers. Il ne serait donc pas loin, le temps où la Réserve fédérale devra voler au secours d’un marché obligataire d’entreprise asséché par le manque d’acheteurs, allant même jusqu’à se porter acquéreur de ce type de titres, écrit la firme de recherches Oxford Economics. Une première !

Cette absence de repères se vérifie dans ce plan d’aide record de 1300 milliards $US que concocte le président Donald Trump. Alors qu’il y a peu on n’entrevoyait pas de récession pour la plus importante économie de la planète, le deuxième trimestre « pourrait connaître la pire contraction de l’activité économique de tous les temps », croit désormais Gregory Daco. Le chef économiste d’Oxford Economics voit le taux de chômage dépasser les 10 % en avril aux États-Unis, dans la mesure où plus de 20 % de l’emploi est concentré dans les secteurs de la distribution, des loisirs et de l’hôtellerie, particulièrement fragilisés par le coronavirus, lit-on dans un texte de l’Agence France-Presse.