Surenchère de tension pétrolière entre Riyad et Moscou

Après une baisse de prix, l’Arabie saoudite a annoncé mardi une augmentation de sa production de pétrole.
Photo: Giuseppe Cacace Agence France-Presse Après une baisse de prix, l’Arabie saoudite a annoncé mardi une augmentation de sa production de pétrole.

La guerre des prix entre l’Arabie saoudite et la Russie s’est poursuivie, mardi, sur les marchés pétroliers, sans toutefois empêcher une légère remontée du baril.

Au terme d’une journée en dents de scie, les cours du pétrole ont finalement repris un peu du terrain perdu lors de la terrible dégringolade de la veille. Référence mondiale, le Brent coté à Londres a gagné 8,4 %, à 37,22 $US, alors que le WTI s’est apprécié de 10,4 %, à 34,36 $, à New York. Ils étaient toutefois encore loin d’où ils étaient avant que n’échouent des négociations entre Riyad et Moscou à la fin de la semaine dernière et que leurs prix chutent de 25 % durant la seule journée de lundi, essuyant ainsi leur pire culbute depuis la guerre du Golfe en 1991.

Loin de s’apaiser, la tension entre les deux pays pétroliers a pourtant continué de monter. Ayant tout déclenché, en début de semaine, en annonçant une baisse des prix de son or noir, l’Arabie saoudite a récidivé, mardi, en annonçant, cette fois, une augmentation de sa production de 2,5 millions de barils par jour (bpj), pour la porter à 12,3 millions de bpj en avril. Ne voulant pas s’en laisser imposer, la Russie a répondu qu’elle était prête, quant à elle, à pomper de 200 000 à 300 000 bpj supplémentaires et même 500 000 « dans un avenir proche ».

 

On se rappelle que le conflit entre les deux pays est né après le refus de la Russie d’obtempérer à la demande de l’Arabie saoudite, chef de file de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), de contribuer à la diminution du volume de la production mondiale afin de soutenir les prix mis à mal par le ralentissement de la croissance économique mondiale, sous le coup, notamment, de l’épidémie du nouveau coronavirus. Moscou a peur, entre autres, d’y perdre des parts de marché au profit du nouveau pays exportateur que sont les États-Unis depuis la découverte du pétrole de schiste.

La modeste remontée des cours du pétrole, comme des marchés boursiers, mardi est le résultat de la volonté exprimée par plusieurs gouvernements, dont celui de Donald Trump aux États-Unis, d’adopter des mesures de stimulation économique vigoureuses en réaction au coronavirus, ont avancé les analystes consultés par le Financial Times. Elle découle plutôt du scepticisme des investisseurs face au désir véritable de Riyad et de Moscou de passer de la parole aux actes, ont expliqué les analystes cités par le Wall Street Journal.

Le ministre russe de l’Énergie, Alexandre Novak, a semblé donner raison à ces derniers, mardi, en déclarant ne pas « fermer la porte » à l’alliance OPEP-Russie et que le présent désaccord « ne signifie pas qu’à l’avenir nous ne pourrons pas coopérer entre pays OPEP et non-OPEP ».

Une baisse de prix pour rien ?

Quoi qu’il en soit, même avec sa petite remontée de mardi, le prix du baril de Brent, par exemple, est presque deux fois plus bas aujourd’hui qu’au début de l’année seulement (68,60 $). Cela n’est pas pour aider la cause des producteurs de pétrole albertains, qui étaient déjà en difficulté depuis bien longtemps et dont le baril de Western Canadian Select vendu au rabais, à cause de leur isolement et de la moins bonne qualité de leur produit, a vu son prix fondre de 40 $ au début de l’année à 26 $ la semaine dernière, puis à un peu moins de 16 $ lundi.

Normalement, ces faibles prix du pétrole seraient un puissant stimulant économique dans la plupart des pays. Malheureusement, ils tombent à un moment où la peur de la COVID-19 ne donne pas envie aux consommateurs d’en profiter pour sortir, dépenser ou voyager, ont observé mardi les économistes d’Oxford Economics dans une brève analyse.

Avec l’Agence France-Presse