L’emploi au pays se portait bien avant l’éclosion de la COVID-19

Le Québec a profité le mois dernier de la création de près de 14 000 emplois à temps plein.
Photo: Darren Calabrese Archives La Presse canadienne Le Québec a profité le mois dernier de la création de près de 14 000 emplois à temps plein.

Le chômage a atteint un nouveau plancher record, le mois dernier, au Québec, avec un taux de 4,5 %.

Alors que tout le monde n’a d’yeux que pour les mesures des répercussions économiques de l’épidémie de COVID-19, Statistique Canada a dévoilé vendredi un portrait de l’état du marché de l’emploi étonnamment positif pour le mois de février, dans l’ensemble du pays, mais surtout au Québec.

Loin de présenter des signes de dégradation, le taux de chômage au Québec a ainsi enregistré une troisième baisse mensuelle consécutive en chutant de 5,1 % à seulement 4,5 % le mois dernier, soit son niveau le plus bas depuis au moins 1976, le plus loin que les statistiques officielles permettent de remonter. Le record précédent de 4,7 % remontait au mois d’août dernier, après quoi cette proportion avait légèrement remonté.

À titre de comparaison, le taux de chômage dans l’ensemble du Canada n’a presque pas bougé, à 5,6 %. Les deux autres provinces à avoir mieux fait sont la Colombie-Britannique et le Manitoba avec 5 %, contre 5,5 % en Ontario.

4,5 %
C’est le taux de chômage au Québec pour février, soit son niveau le plus bas depuis 1976. Au Canada, il n’a presque pas bougé, pour s’établir à 5,6 %.

Le Québec a profité le mois dernier de la création de près de 14 000 emplois à temps plein et 6000 emplois à temps partiel, en même temps que 8000 personnes quittaient la population active. En 12 mois, c’est un total de 66 000 emplois nets qui ont été créés, tous à temps plein.

Le Québec et l’Alberta (+ 11 400 emplois) sont les deux provinces qui ont le plus contribué à faire mentir les prévisionnistes, qui avaient prédit, après un rebond de deux mois, une création d’emplois trois fois moindre que les 30 300 finalement enregistrés en février au Canada.

Et il n’y a pas que le nombre d’emplois, il y a leur qualité aussi, a fait valoir dans une brève analyse Krishen Rangasamy, de la Banque Nationale. Principalement constituées d’emplois à temps plein dans les secteurs privés du commerce de gros et de détail, de la fabrication et du secteur de l’information, de la culture et des loisirs, ces nouvelles embauches s’accompagnent d’augmentations du nombre d’heures travaillées (+ 1,4 % depuis 1 an) et des salaires horaires (+ 4,1 % depuis 1 an en dollar courant).

En attendant la tempête

Il y a toutefois un « mais », a observé l’économiste de la Banque TD Brian DePratto. Ces nouveaux chiffres de Statistique Canada se basent sur une enquête réalisée du 9 au 15 février, soit plus ou moins une semaine après le début de la levée de barricades ferroviaires contre le projet Coastal GasLink, et alors que l’épidémie de COVID-19 était encore essentiellement un problème chinois.

Il serait facile de rejeter ces chiffres sur l’emploi au Canada du revers de la main en se disant qu’ils sont de l’histoire ancienne, a commenté l’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter. « Mais les larges gains et les solides augmentations salariales indiquent que l’économie continuait d’avoir un bon allant durant les semaines précédant la tempête de la COVID-19. Et, franchement, c’est une bonne nouvelle. »

Les prédictions des spécialistes ont aussi été déjouées aux États-Unis, où les experts avaient prévu la création de 175 000 emplois en février et que l’on a rapporté vendredi que le total s’est plutôt élevé à 273 000. Suivant un autre gain semblable en janvier, ce résultat a contribué à réduire le taux de chômage de 3,6 % à 3,5 %.

« Des emplois, des emplois, des emplois !!! », s’est réjoui sur Twitter le président américain, Donald Trump, en pleine année électorale.

Mais l’économie américaine sera, elle aussi, tôt ou tard rattrapée par le nouveau coronavirus, a prévenu à son tour Katherine Judge de la Banque CIBC.

L’aide des pouvoirs publics

On ne peut plus conscientes de la menace qui pèse sur leurs économies respectives, la Réserve fédérale américaine et, dès le lendemain, la Banque du Canada ont tour à tour pris, encore là, par surprise les marchés cette semaine en abaissant leurs taux d’intérêt d’un demi-point de pourcentage afin de soutenir la croissance. Elles n’en ont pas fini, selon Douglas Porter, qui s’attend, dans les deux cas, à des baisses supplémentaires du loyer de l’argent totalisant 0,75 point de pourcentage.

Répondant au mot d’ordre que se sont donné les pays du G7 et à l’appel lancé par diverses organisations internationales, dont le Fonds monétaire international, les gouvernements américain et canadien ont aussi indiqué leur intention d’adopter au besoin des mesures d’aide et de stimulation fiscales.


Portrait du taux de chômage selon les provinces

— Terre-Neuve-et-Labrador: 12 %
— Île-du-Prince-Édouard: 8 %
— Nouvelle-Écosse: 7,8 %
— Nouveau-Brunswick: 6,9 %
— Québec: 4,5 %
— Ontario: 5,5 %
— Manitoba: 5 %
— Saskatchewan: 6,2 %
— Alberta: 7,2 %
— Colombie-Britannique: 5 %