La Caisse de dépôt et placement affiche un rendement de 10,4% en 2019

Charles Émond, qui a pris la relève de Michael Sabia le 1er février en tant que président de la Caisse.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Charles Émond, qui a pris la relève de Michael Sabia le 1er février en tant que président de la Caisse.

L’embellie des marchés boursiers a joué un rôle significatif dans le rendement de 10,4 % de la Caisse de dépôt et placement en 2019, mais l’institution, dont l’actif net atteint désormais 340 milliards, a eu du fil à retordre avec la performance négative de son portefeuille immobilier, exposé à des centres commerciaux qui font face à des changements de comportement chez les consommateurs.

La performance globale des actifs de la Caisse s’est avérée inférieure à l’indice de référence de 11,9 % dont elle se sert pour évaluer ses résultats, mais nettement supérieure à celle de 4,2 % réalisée en 2018. Sur cinq ans, a indiqué sa direction, le rendement global est de 8,1 %, contre un indice de 7,2 %.

« Le portefeuille a livré pour nous la performance qui est attendue, dans le contexte de marchés qui, je tiens à le rappeler, se sont fortement emballés en 2019 et qui, de notre point de vue, semblent assez déconnectés par rapport à la croissance réelle au niveau économique », a dit en conférence de presse le nouveau président de la Caisse, Charles Émond, qui a pris la relève de Michael Sabia le 1er février. L’année 2019 a permis d’ajouter 31 milliards à l’actif net de la Caisse, dont 17 milliards sont attribuables aux marchés boursiers.

La prochaine décennie sera « plus exigeante que celle que nous venons de connaître, alors que l’ensemble des investisseurs ont été portés par le plus long cycle de marchés haussiers de l’histoire », a ajouté M. Émond. L’objectif de la Caisse, a-t-il insisté, consiste à viser une « stabilité à long terme » pour réduire la vulnérabilité aux mouvements à court terme.



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Il s’agit du montant, en milliards de dollars, qui s’est ajouté à l’actif net de la Caisse en 2019, dont 17 milliards sont attribuables aux marchés boursiers.

Parmi la quarantaine de déposants de la Caisse figurent le Régime de rentes du Québec, les employés du secteur public et de l’industrie de la construction, le Fonds des générations, la Société d’assurance automobile du Québec et le Fonds de la santé et de la sécurité au travail (CNESST). De manière générale, la Caisse doit dégager des rendements de 6 % pour répondre à leurs besoins, a rappelé M. Émond.

Dans le détail, le portefeuille des actifs de revenu fixe, qui contient notamment des obligations et divers instruments de crédit, a généré un rendement de 8,9 % en 2019, comparativement à 15,3 % pour son portefeuille d’actions. Ce dernier, qui atteint 167 milliards, regroupe entre autres des placements privés de 50 milliards qui ont affiché un rendement de 10,5 %.

Quant au portefeuille d’actifs réels, il a affiché un rendement de 1 %, résultat d’un recul de 2,7 % dans les immeubles (versus un indice de référence de +1,4 %) et d’un gain de 7,1 % dans les infrastructures.

Même si le portefeuille immobilier vise surtout des rendements à long terme, « on ne peut pas être satisfaits du rendement de 2019 », a dit la présidente et cheffe de la direction d’Ivanhoé Cambridge, Nathalie Palladitcheff. Tout en ventilant les diverses catégories du portefeuille, elle a dit que « les centres commerciaux connaissent de profonds changements », aux prises avec le commerce électronique et l’évolution des habitudes de consommation. Selon la Caisse, les « valorisations des centres plus traditionnels sont en baisse ».

La Caisse a fait un diagnostic des tendances mondiales et de son portefeuille pour déterminer les gestes à poser. Au Canada, la Caisse possède 25 centres commerciaux et elle pourrait se départir d’un tiers d’entre eux, a dit Mme Palladitcheff, selon qui l’institution se tournera davantage vers des actifs stratégiques. Les deux tiers du portefeuille s’arriment bien aux nouvelles tendances, a-t-elle dit.

La Caisse a par ailleurs indiqué que ses actifs au Québec atteignent 66,7 milliards, ce qui comprend 47,6 milliards en placements dans des entreprises du secteur privé. Parmi les sociétés épaulées en 2019, on compte la firme d’entraînement aérien Top Aces et eStruxture, spécialisée dans l’exploitation de centres de données.

Invité à commenter le cas de la cimenterie McInnis, M. Émond a dit que le rôle d’opérateur n’est pas celui que jouera la Caisse à long terme. « Comme tout dossier important, on va regarder nos options, selon la manière dont les événements vont se dérouler, et on prendra les mesures qui s’imposent. »


Alstom

Au lendemain des hypothèses du gouvernement Legault sur les conséquences d’un non-respect des engagements d’Alstom vis-à-vis du Québec, le président de la Caisse a rappelé que les relations avec le groupe français sont « harmonieuses » et l’a décrit comme un partenaire à long terme. « On a des engagements qui sont écrits noir sur blanc, ce qui, dans mon expérience de plus de deux décennies à faire du transactionnel, est loin d’être la norme. C’est plutôt une exception », a dit Charles Émond. En acquérant Bombardier Transport, Alstom veut accroître les activités au Québec. Ces engagements « ne sont pas définis dans le temps, ils n’ont aucun lien avec la détention que la Caisse a aujourd’hui ou pourrait avoir dans le futur dans Alstom, a-t-il dit. Ce n’est pas du tout notre intention, mais si la Caisse ne détenait plus d’actions dans Alstom, ces engagements ne seraient pas conditionnels à ça. C’est plutôt unique en soi ».

En chiffres

Portefeuille global de la Caisse de dépôt et placement au 31 décembre: 340,1 milliards $

Composition :
Revenu fixe: 102,9 milliards $
Actifs réels:(immeubles et infrastructures) : 67,5 milliards $
Actions: (marchés boursiers et placements privés) : 167,1 milliards $