L’avenir de Bombardier se jouera dans les avions d’affaires

Les avions d’affaires de l’entreprise, ce sont des ventes de près de 5,5 milliards de dollars américains, 18 000 employés dans le monde, dont 10 000 au Québec, 142 appareils livrés l’an dernier et un carnet de commandes de 14,4 milliards.
Photo: Source Bombardier Les avions d’affaires de l’entreprise, ce sont des ventes de près de 5,5 milliards de dollars américains, 18 000 employés dans le monde, dont 10 000 au Québec, 142 appareils livrés l’an dernier et un carnet de commandes de 14,4 milliards.

Autrefois constructeur de trains, d’avions commerciaux et même de motoneiges, Bombardier sera désormais uniquement connu pour ses avions d’affaires. La compagnie québécoise envisage néanmoins avec confiance son avenir dans cette industrie qui suit l’humeur de l’économie.

« Un nouveau chapitre prometteur s’ouvre aujourd’hui pour Bombardier », a déclaré lundi le président de la compagnie, Alain Bellemare, au moment de confirmer la rumeur de la vente de sa division ferroviaire à la française Alstom.

« Dorénavant, nous concentrerons tout notre capital, toute notre énergie et toutes nos ressources sur l’accélération de la croissance et l’expansion des marges de nos activités liées aux avions d’affaires à l’avant-garde du marché […]. Grâce à un bilan plus solide à la suite de la réalisation de cette opération, à un portefeuille de produits à l’avant-garde de l’industrie, à un carnet de commandes solide et à la croissance rapide des activités de service après-vente, nous serons en position de force pour livrer concurrence sur ce marché. »

Chez Bombardier, les avions d’affaires représentent des ventes de près de 5,5 milliards de dollars américains, 18 000 employés répartis en plusieurs points du monde, dont 10 000 au Québec, 142 appareils livrés l’an dernier et un carnet de commandes de 14,4 milliards.

La gamme des appareils offerts va des plus petits avions, les Learjet, qui peuvent compter seulement 4 passagers et 2 membres d’équipage, aux plus gros de la famille Global, qui peuvent transporter d’une traite jusqu’à 19 passagers et 4 membres d’équipage presque partout sur la planète à une vitesse proche de celle du son (982 km/h), en passant par les Challenger à la taille et aux performances intermédiaires.

Ces avions font face à de nombreux concurrents appelés General Dynamics, Dassault, Embraer ou Textron. Avec 4800 appareils actuellement en service, Bombardier occupe tout de même près du quart du marché mondial.

Modèles dernier cri

La compagnie nourrit toutefois de plus grandes ambitions encore, notamment pour son tout nouveau Global 7500 développé au coût de plus de 4 milliards. Présenté comme l’avion d’affaires « le plus spacieux, le plus évolué et celui offrant la plus grande autonomie de l’industrie » avec une portée de plus de 14 000 km, ce petit appartement de luxe volant se détaille aux alentours de 70 millions.

Il offrirait aussi au constructeur canadien une marge de profit bien plus juteuse que ses anciens jets régionaux qu’il a cédés à la japonaise Mitsubishi. Comme tout vendeur de véhicules de luxe, Bombardier offre aussi à ses clients un service d’entretien et de dépannage 24 heures sur 24 partout dans le monde qui compterait pour environ 15 % de son chiffre d’affaires, selon un analyste du Mouvement Desjardins.

Selon les plus récentes prévisions de la revue spécialisée Jetcraft, il devrait se vendre environ 2400 nouveaux avions d’affaires de 2019 à 2023. Les toutes nouvelles versions des appareils Global et Challenger de Bombardier semblent arriver à point nommé, puisque tout indique justement une popularité grandissante pour les avions plus gros.

Yo-yo

Mais bien que les ventes totales tendent généralement à augmenter depuis au moins 25 ans, elles peuvent suivre aussi la trajectoire des cycles économiques. En montée durant les années 1990, elles piquent du nez après l’éclatement de la bulle technologique, au tournant des années 2000, puis remontent ensuite avant de replonger après la crise de 2008, et de remonter encore et de redescendre encore en 2015…

Cette année-là, Bombardier avait d’ailleurs été contraint de mettre à pied de façon temporaire 1750 employés, dont un millier dans la région de Montréal et 480 à Toronto.

Et lorsqu’on parle de l’effet des cycles économiques et de la santé financière des entreprises, on parle encore surtout de la réalité américaine.

En effet, selon Jetcraft, c’est en Amérique du Nord que se vendront près de 60 % des nouveaux jets privés au cours des dix prochaines années, contre 18 % en Europe et 13 % en Asie-Pacifique.

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a dit comprendre, dans un communiqué de presse, lundi, les sentiments partagés que peuvent ressentir les Québécois devant le grand délestage de Bombardier.

« Mais il faut regarder vers l’avenir. Grâce à cette transaction, Bombardier pourra compter sur des liquidités importantes, qui lui permettront de faire face à ses obligations financières et de se concentrer sur les avions d’affaires, là où il est un acteur dominant. […] Bombardier va demeurer une entreprise industrielle importante et un leader en matière de recherche et de développement à l’échelle du Canada. »

Avec l’Agence France-Presse