Hydro-Québec investit 661M$ dans Innergex

Pour le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Éric Martel (à gauche), l’investissement de la société d’État dans Innergex marque la «création d’un champion québécois des énergies renouvelables d’envergure mondiale».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Éric Martel (à gauche), l’investissement de la société d’État dans Innergex marque la «création d’un champion québécois des énergies renouvelables d’envergure mondiale».

Quatre ans après avoir exprimé le souhait de repartir vers l’étranger, Hydro-Québec a fait un pas dans cette direction jeudi, mais l’investissement aura lieu dans une entreprise d’ici. La société d’État a décidé de verser 661 millions pour acquérir 19,9 % d’Innergex, une société de Longueuil spécialisée dans la production d’énergie renouvelable, en plus de s’engager à investir 500 millions dans des projets qui seront développés conjointement.

Hydro-Québec estime que sa situation financière et sa réputation s’arrimeront bien à l’expertise et à la culture entrepreneuriale d’Innergex, qui exploite présentement 26 parcs éoliens, 37 petites centrales hydroélectriques et 5 parcs solaires. Ces installations se trouvent au Canada, aux États-Unis, en France et au Chili.

Pour le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Éric Martel, la transaction marque la « création d’un champion québécois des énergies renouvelables d’envergure mondiale ». Du coup, la société d’État devient le plus grand actionnaire d’Innergex, un statut qui appartenait auparavant à Gestion d’actifs 1832, une filiale de la Banque Scotia.

 
414 M$
Ce sont les revenus enregistés par Innergex au cours des neufs premiers mois de l’exercice 2019, en hausse de 21%.

Alliance

Les projets sur lesquels travailleront Innergex et Hydro-Québec seront, par exemple, des parcs solaires ou éoliens, mais aussi le stockage d’énergie et les réseaux autonomes. L’alliance « correspond parfaitement à notre vision, qui consiste à mettre à profit nos compétences et à investir avec des entreprises ou dans des projets offrant un fort potentiel de synergie avec nos activités », a dit M. Martel lors d’une conférence de presse au siège social d’Hydro-Québec.

Le placement privé de 661 millions se traduit par l’acquisition de 34,63 millions d’actions d’Innergex au prix de 19,08 $ par action, ce qui représente une prime de 5 % par rapport au cours moyen des 30 derniers jours du titre à la Bourse de Toronto. Le titre a grimpé de 11,6 %, à 21,09 $, jeudi.

Tant et aussi longtemps que la participation de la société d’État est supérieure à 15 %, Hydro-Québec aura le droit de nommer deux personnes au conseil d’administration d’Innergex.

« On a toujours dit qu’on aurait une approche très rigoureuse et disciplinée, qu’on ne ferait pas des acquisitions pour faire des acquisitions », a dit M. Martel en décrivant les visées d’Hydro-Québec à l’extérieur de son marché. La société d’État souhaite que toute transaction mette à contribution son expertise et « crée de la richesse pour les Québécois », a-t-il ajouté.

Le président d’Innergex, Michel Letellier, a rappelé que la compagnie a vu le jour au Québec au début des années 1990 en remportant un appel d’offres d’Hydro-Québec pour de l’hydroélectricité. Les installations de la compagnie sont d’une puissance installée de 3500 MW pour un portefeuille d’actifs estimé à un peu plus de 7 milliards. Au cours des neuf premiers mois de l’exercice 2019, elle a enregistré des revenus de 414 millions, en hausse de 21 %, et un bénéfice net de 16,2 millions.

La compagnie utilisera notamment les 661 millions pour des projets déjà en cours, pour financer l’acquisition de deux installations aux États-Unis et au Chili qu’elle est en train de négocier, et pour rembourser de la dette.

Opposition à Hydro dans le Maine

Par ailleurs, M. Martel a dit que la possibilité d’un référendum sur son projet au Maine, qui vise à exporter de l’électricité vers le Massachusetts, n’entraînera « pas nécessairement » un report. Le début de la construction est prévu cette année. Hydro-Québec pourrait d’ailleurs obtenir un permis environnemental dans les prochains jours, a-t-il dit.

« On savait que ça ne serait pas simple », a dit M. Martel. Hydro-Québec compte être active pour convaincre la population des mérites du projet. Les opposants ont amassé plus que les 63 000 signatures requises, mais celles-ci font présentement l’objet d’une vérification gouvernementale.