L’opposition à Hydro-Québec dans le Maine maintient le cap

Un corridor énergétique passerait par le Maine pour acheminer l'électricité d'Hydro-Québec au Massachusetts, cet État ayant signé un contrat de 20 ans avec la compagnie québécoise.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un corridor énergétique passerait par le Maine pour acheminer l'électricité d'Hydro-Québec au Massachusetts, cet État ayant signé un contrat de 20 ans avec la compagnie québécoise.

Les opposants au projet d’Hydro-Québec dans le Maine ont-ils obtenu suffisamment de signatures pour déclencher la tenue d’un référendum en novembre 2020 ? La réponse viendra lundi midi lors d’une « annonce spéciale » prévue par les organisateurs devant l’Assemblée législative à Augusta, ceux-ci ayant convié les signataires à une « célébration de vos efforts » sans toutefois révéler le résultat précis de la campagne entreprise l’an dernier.

Le projet New England Clean Energy Connect, mis sur pied par Hydro-Québec et son partenaire Central Maine Power (CMP) pour exporter de l’électricité jusqu’au Massachusetts, est décrit comme un outil de lutte contre les changements climatiques mais se heurte à l’opposition de certains résidents du Maine qui craignent les conséquences du corridor énergétique sur la nature et les paysages, notamment dans le sentier des Appalaches.

Les organisateurs de la campagne, qui veulent faire inscrire la question sur le bulletin de vote lors des élections de novembre, ont jusqu’au 3 février pour déposer environ 63 000 signatures. La requête soumise au gouvernement mentionne que l’objectif consiste à faire annuler le permis décerné par la Public Utilities Commission en mai 2019.

« Nous allons suivre ça avec beaucoup d’intérêt », a dit une porte-parole d’Hydro-Québec, Lynn St-Laurent. « Ils vont remettre leurs signatures et il faut savoir qu’après, il y a une période de révision pouvant aller jusqu’à 30 jours pendant laquelle ces signatures seront validées par le secrétariat d’État. Il faudra voir, au final, à combien de signatures on arrive. »

« De notre côté, qu’il y ait référendum ou pas, on a compris qu’il y a des éléments d’information qui sont peut-être moins bien compris. Et on a l’intention d’être présent pour qu’on puisse expliquer aux gens du Maine les mérites du projet », a poursuivi Mme St-Laurent en reprenant des propos tenus par le p.-d.g. d’Hydro-Québec depuis quelques mois.

Discrétion sur les chiffres

La première démarche légale de la campagne a été lancée par Tom Saviello, qui a siégé au Sénat du Maine comme républicain jusqu’en 2018. Sur le terrain, Sandi Howard dirige la campagne Say No To NECEC. Lorsque Le Devoir lui a demandé le mois dernier de révéler le nombre de signatures récoltées jusqu’ici, Mme Howard a dit qu’il faudrait attendre au 3 février. En décembre, toutefois, on évoquait un peu plus de 30 000 signatures.

« Nous voulons vous inviter à une annonce spéciale », ont écrit M. Saviello et Mme Howard jeudi dans un message sur la page Facebook de Say No To NECEC. Tout en mentionnant la « célébration de vos efforts », les auteurs ont écrit : « Encore une fois, nos plus profonds remerciements. Vous avez tous changé la direction du Maine pour le mieux. »

Hydro-Québec a signé avec l’État du Massachusetts un contrat de 20 ans pour la vente de 9,45 térawattheures d’électricité par année. Les revenus totaux sont estimés à 10 milliards. Son p.-d.g., Éric Martel, a déjà dit que cela équivaut à « retirer 750 000 véhicules de la circulation du jour au lendemain », car le contrat réduirait la dépendance du Massachusetts aux énergies fossiles. Environ 1600 emplois verraient le jour pendant la construction.

Des politologues ont cependant expliqué au Devoir le mois dernier qu’une partie de l’opposition dans le Maine vient du fait que l’électricité ne fait que passer pour être acheminée ailleurs, c’est-à-dire dans l’État voisin. De plus, CMP, qui appartient à des intérêts espagnols, n’a pas la cote au sein de la population.

Le projet, qui a franchi plusieurs étapes déjà, doit encore obtenir les permis du U.S. Army Corps of Engineers et du Département de l’énergie.