Analyse: rendez-vous avec la décarbonation

Il y a dix ans, la notion d’actifs échoués dans les portefeuilles existait peu ou pas.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Il y a dix ans, la notion d’actifs échoués dans les portefeuilles existait peu ou pas.

Le choix est tombé. Charles Émond remplace Michael Sabia à la présidence de la Caisse de dépôt. Ce banquier d’affaires d’expérience inscrit son arrivée dans ses nouvelles fonctions dans la continuité. Un mot qui rappelle la déclaration du président sortant lors du dévoilement de la Stratégie climat de la Caisse en octobre 2017. Aux critiques lui reprochant d’emprunter la voie d’un gradualisme timide, M. Sabia avait répondu qu’« il faut savoir marcher avant de courir ». Aujourd’hui, avec cette finance dite durable qui s’impose au pas de course…

Parmi les candidats internes, Charles Émond aurait coiffé Macky Tall au fil d’arrivée, disait-on mercredi. Il reviendrait au premier ministre François Legault d’avoir tranché au final, disait-on encore. Ce qui suggère que le nouveau président aura probablement à pointer rapidement ce mur qui sépare les décisions de la Caisse du programme politico-économique du gouvernement, une indépendance qui vient teinter la double mission de l’institution.

Autrement, dans son entrevue au Devoir,M. Émond a notamment évoqué une « perspective de continuité » à la Caisse, car « nos grandes orientations sont les bonnes ». Il ajoute qu’il entre en fonction « dans un tout autre contexte que Michael Sabia à l’époque ». Mais cela implique aussi que le marché boursier fondamentalement haussier qui s’est installé au sortir de la Grande Récession ayant suivi la crise financière de 2008 est derrière nous. M. Émond se trouve aujourd’hui face à un défi de rendement dans un univers d’actifs financiers traditionnels plutôt chers, où toujours plus de capitaux institutionnels reluquent les mêmes placements alternatifs, et alors que les taux d’intérêt persistent à demeurer dans les bas niveaux.

Dans une lettre au Devoir publiée le 22 janvier, Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance, écrivait toute l’importance qu’un rendement additionnel de 1 ou 2 % peut avoir sur un portefeuille de 327 milliards. Mais quant aux avenues pouvant être empruntées…

Risque climatique

Il y a dix ans, la notion d’actifs échoués dans les portefeuilles existait peu ou pas. Aussi, les principes ESG (soit les questions environnementales, sociales et de gouvernance), étaient encore réduits à un effet mode. Aujourd’hui, le risque climatique est ancré dans le profil d’investisseur et il interpelle les gestionnaires fiduciaires de l’épargne des petits investisseurs. « Les portefeuilles intégrés à la durabilité peuvent offrir de meilleurs rendements ajustés au risque », reconnaissait récemment le géant des fonds d’investissement BlackRock. À l’opposé, un déni du développement durable par les émetteurs de titres est devenu synonyme de coût du capital plus élevé, de décote et de risque de poursuites.

Dans la Stratégie climat de la Caisse, M. Sabia défendait une approche évitant la voie du désinvestissement pour viser plutôt un portefeuille plus sobre en carbone et à empreinte réduite, justifiant qu’il ne voulait pas mettre à risque la capacité de l’institution à générer du rendement. Pour ajouter : « Il y aura des changements, mais il faut se voir marcher avant de courir », suggérant qu’il pourrait y avoir une suite.

Ainsi, dans une perspective de continuité et s’il est vrai que les marchés ont été plutôt lents à intégrer le risque climat, ils se retrouvent aujourd’hui, par leur jeu d’anticipation, à l’aube d’une réaffectation importante du capital appelée à reconfigurer les sources de rendement.

Il appert que M. Émond est très sensible aux principes ESG en matière d’investissement.