Analyse: Bombardier ou la destruction de valeur

Alain Bellemare, président et chef de la direction de Bombardier
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Alain Bellemare, président et chef de la direction de Bombardier

Bombardier a publié la semaine dernière une énième révision à la baisse de ses prévisions financières. Les résultats officiels pour 2019 seront publiés le 13 février, une date qui coïncide avec l’arrivée d’Alain Bellemare à la présidence de la multinationale québécoise cinq ans plus tôt. Ces résultats viendront coiffer un plan quinquennal plutôt destructeur en matière de valeur.

Il y a cinq ans, la division aéronautique de Bombardier posait problème. Aujourd’hui, ce sont les « mesures prises pour réaliser des projets ferroviaires en redressement » qui nécessitent de nouvelles écritures comptables, mais toujours avec les mêmes échéanciers pressants liés à un exercice de désendettement, qui s’est accéléré. Les charges s’accumulent dans la division Transport, forçant l’inscription attendue d’une perte d’exploitation dans ce secteur, Bombardier évoquant la semaine dernière certains projets au Royaume-Uni, les négociations avec les Chemins de fer fédéraux suisses et les coûts de production et de fabrication accrus en Allemagne. L’exercice comptable comprend l’établissement de pénalités pour retards.

La multinationale multipliait les ratés — en Suisse, à New York, en France — s’ajoutant à son contentieux avec la torontoise Metrolinx, forçant le départ du président de la division ferroviaire. Cette déconvenue ne serait pas étrangère à la décision de Via Rail, en décembre 2018, de retenir Siemens dans l’octroi d’un contrat pour la construction de 32 rames de train. Ou à la décision du Réseau électrique métropolitain de s’en remettre au consortium créé par SNC-Lavalin et dirigé par la française Alstom. La capacité de livrer à temps composait l’un des trois principaux critères d’évaluation dans le premier cas, le « risque d’achalandage » ayant été soulevé dans le second.

Ces insuccès et les rajustements comptables afférents auront une incidence sensible sur les flux de trésorerie, a prévenu Bombardier la semaine dernière. Sans oublier l’impact sur la participation de 30 % de la Caisse de dépôt dans BT Holdco, l’injection de 1,5 milliard $US dans la division Transport de Bombardier étant notamment accompagnée de conditions contraignantes liées à la performance. Un risque de dilution pour Bombardier en découle au moment où des sources citées par l’agence Bloomberg affirment que la multinationale québécoise a remis à jour un scénario de regroupement avec un autre géant du secteur, soit Alstom, après celui avec Siemens esquissé en 2017.

Options stratégiques

Bombardier a précisé être engagée dans un processus d’accélération de son désendettement et toutes les options stratégiques sont étudiées. Ce qui inclut également une réévaluation de sa participation dans la Société en commandite Airbus Canada (SCAS) et même, disent certains analystes, une monétisation de sa division Avions d’affaires.

Il y a cinq ans, face au cuisant échec commercial annoncé dans l’aéronautique, Bombardier avait frôlé la faillite, a déjà confirmé Alain Bellemare. Cette issue a été évitée grâce à l’injection de 1 milliard $US de Québec dans le programme CSeries, à celle de 1,5 milliard de la Caisse dans BT Holdco. Le programme CSeries est passé sous Airbus dans le cadre d’une opération de sauvetage sans autres garanties à 0 $. En retour, Bombardier a procédé à une radiation de 3,2 milliards $US dans un programme évalué à 6 milliards gangrené par les dépassements de coûts et s’engageait à injecter plus de 1 milliard dans la trésorerie de la commandite, pour une participation aujourd’hui de 33,6 % dans SCAS. Ces injections accolaient une valeur de 5 milliards à Bombardier Transport, de 5,3 milliards à SCAS.

Puis le Q400 et le CRJ ont été vendus, ainsi que d’autres éléments d’actif, mais rien n’y fait. Cela ne semble pas suffisant, et tout ce qui reste de Bombardier est aujourd’hui sur la table. Dans l’intervalle, la capitalisation boursière de Bombardier n’est plus que de 3,2 milliards $CAN. L’action, à 2,80 $ en janvier 2015, s’échangeait mercredi à 1,28 $, après avoir connu une petite euphorie de six mois en 2018 avec une poussée au-dessus de 5,40 $, et touché un creux autour de 80 ¢ en 2016. Les revenus de Bombardier sont passés de 20,1 milliards $US à 16,2 milliards entre les exercices 2014 et 2018 et le nombre d’employés est passé de 73 950 à 68 000 dans l’intervalle. La dette à long terme dépassait les 9 milliards $US à la fin de 2018, contre 7,6 milliards en 2014.