La Banque du Canada entrouvre la porte à une baisse des taux

Ayant pour mission de garder l’inflation stable, la Banque du Canada s’attend, cette année, à atteindre presque exactement sa cible avec 1,9% en 2020. Sur la photo, le gouverneur Stephen Poloz et la première sous-gouverneure Carolyn Wilkins
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Ayant pour mission de garder l’inflation stable, la Banque du Canada s’attend, cette année, à atteindre presque exactement sa cible avec 1,9% en 2020. Sur la photo, le gouverneur Stephen Poloz et la première sous-gouverneure Carolyn Wilkins

Préoccupée par le ralentissement économique inattendu des derniers mois, la Banque du Canada entrouvre la porte à une possible baisse des taux d’intérêt.

Comme cela était largement anticipé, la banque centrale canadienne a laissé, mercredi, son taux directeur inchangé à 1,75 % pour un quinzième mois consécutif.

Faisant le point, par la même occasion, sur l’état de l’économie canadienne avec le dévoilement de l’édition hivernale de son Rapport sur la politique monétaire, l’institution a admis avoir été surprise par l’ampleur du ralentissement de la croissance économique de la fin de l’année dernière, laquelle est tombée d’un rythme annualisé de 1,3 % au troisième trimestre à seulement 0,3 % au dernier trimestre de 2019, sous le coup notamment d’un fléchissement de l’emploi et des dépenses des ménages.

Forte d’une certaine reprise de l’économie mondiale et d’un certain assainissement de l’environnement commercial avec, entre autres, la conclusion d’une trêve dans la guerre des tarifs entre les États-Unis et la Chine et la ratification imminente du nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), la Banque du Canada continue, pour le moment, de compter sur un rebond des exportations et de l’investissement pour ramener, dès le premier trimestre de l’année, la croissance économique à un rythme annualisé de 1,3 % et la porter ensuite à 1,6 % pour toute l’année 2020 et 2 % en 2021.

La dette des ménages

Selon ce scénario, la baisse de régime des derniers mois a essentiellement été le fruit de facteurs intérieurs temporaires, dont l’hiver précoce dans les Prairies, la fermeture de l’usine de General Motors à Oshawa, la grève au Canadien National et l’interruption de service de l’oléoduc Keystone après une fuite. Mais il se peut aussi « que les consommateurs canadiens soient devenus plus prudents, peut-être en réaction à l’évolution de la situation mondiale, à l’endettement élevé des ménages ou aux mises à pied dans le secteur manufacturier et dans la fonction publique de certaines provinces », a déclaré le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, à l’ouverture d’une conférence de presse.

 
1,75
C’est le taux directeur de la Banque du Canada, inchangé pour un quinzième mois consécutif.

Si la situation « ne justifie pas une baisse des taux à l’heure actuelle », il faudra refaire le point à la prochaine réunion du mois d’avril, a-t-il expliqué. Une réduction des taux d’intérêt sera toutefois un pensez-y-bien compte tenu du fort niveau d’endettement des ménages canadiens, du danger qu’une baisse des taux ne les incite à s’enfoncer encore plus dans les dettes et des ravages que cela pourrait causer s’il devait survenir une récession.

La plupart des analystes, dont ceux du Mouvement Desjardins, de la Banque Nationale et de la Banque Laurentienne, faisaient le pari mercredi que le taux directeur de la Banque du Canada restera inchangé cette année. Mais leurs confrères des banques TD et CIBC prévoient plutôt une baisse d’un quart de point de pourcentage, à 1,5 %.

Ayant principalement pour mission de garder l’inflation stable, la Banque du Canada s’attend, cette année, à atteindre presque exactement sa cible avec 1,9 % en 2020 et à afficher un score parfait de 2 % l’année d’après.

Hausse des prix au Québec

Sur 12 mois, l’indice des prix à la consommation (IPC) au Canada avait augmenté de 2,2 % au mois de décembre, a rapporté mercredi Statistique Canada. Si l’on exclut de la mesure les prix de l’essence (+7,4 %), on arrive à une hausse du coût de la vie de 2 %, soit la plus faible augmentation en plus d’un an, a-t-on souligné.

Cette moyenne canadienne cache cependant des différences entre les provinces, le Québec ayant affiché la hausse des prix la plus forte, à 2,7 %, et la Saskatchewan la plus faible, à 1,6 %.