Stephen Poloz tire sa révérence à la Banque du Canada

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a décidé de ne pas solliciter de second mandat à l’échéance de celui de sept ans qu’il a entrepris en 2013 et qui doit prendre fin le 2 juin prochain.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a décidé de ne pas solliciter de second mandat à l’échéance de celui de sept ans qu’il a entrepris en 2013 et qui doit prendre fin le 2 juin prochain.

Le gouverneur Stephen Poloz cédera la barre de la Banque du Canada au terme de son actuel mandat au mois de juin. Celui qu’on a eu tendance à sous-estimer et même à critiquer durant les premières années se sera finalement plutôt bien tiré d’affaire.

Le conseil d’administration de la banque centrale canadienne a annoncé vendredi que Stephen Poloz avait décidé de ne pas solliciter de second mandat à l’échéance de celui de sept ans qu’il a entrepris en 2013 et qui doit prendre fin le 2 juin prochain.

« Le poste de gouverneur de la Banque du Canada a été mon emploi de rêve. Je le quitterai en juin prochain avec gratitude et beaucoup de fierté », a déclaré dans le même communiqué le gouverneur de 64 ans.

La nouvelle n’est pas une surprise, aucun gouverneur n’ayant dirigé la Banque pendant plus d’un mandat depuis Gerald Bouey, de 1973 à 1987. Son prédécesseur, Mark Carney, était même parti après seulement cinq ans et demi pour assumer les mêmes fonctions, mais cette fois à la tête de la Banque d’Angleterre.

Début difficile et succès

À son arrivée en poste, Stephen Poloz avait face à une certaine dose de scepticisme. Ayant commencé sa carrière comme économiste à la Banque, mais étant passé par la suite à Exportation et développement Canada qu’il allait finir par présider, il semblait un bien pâle remplaçant à Carney, dont l’esprit vif, le charisme et l’aplomb durant la Grande Récession lui avaient presque donné des allures de rock star.

Les choses n’allaient pas s’arranger par la suite, le monde de la finance ayant au début du mal à le suivre dans son mode de communication décoincé faisant parfois appel à de surprenantes métaphores, où il pouvait être question de cartes de hockey ou de cuisson de la sauce à spaghetti. On lui en a surtout voulu quand, sans avertissement, il a procédé à deux baisses consécutives des taux d’intérêt en réaction à la chute des prix du pétrole au début de 2015.

Aujourd’hui, on réalise que cette fois-là, « le Canada a échappé à une récession de justesse, dit Steve Ambler, professeur d’économie à l’Université du Québec à Montréal. En réagissant rapidement à la crise — parce que c’était une crise —, ils sont parvenus à empêcher que l’hécatombe en Alberta ne se diffuse à l’économie canadienne entière. »

Autre succès, « de toutes les principales banques centrales, c’est celle du Canada qui fait le mieux en matière d’atteinte de sa cible d’inflation », qui est de 2 %, note l’économiste qui est aussi la référence en matière de politique monétaire à l’Institut C.D. Howe.

Et puis, rien n’est plus difficile que « de faire de la politique monétaire lorsque les règles de l’économie changent », explique Jean-Pierre Aubry, qui a travaillé 30 ans comme économiste à la Banque du Canada et qui a gardé de ses jeunes années passées aux côtés de Stephen Poloz l’habitude de l’appeler « Steve ». « Steve a eu à manoeuvrer à une époque de grande incertitude marquée par de fortes tensions commerciales et où les banques centrales ont même du mal à comprendre les mouvements de l’inflation. »

Dans un tel contexte, dit-il, les banquiers centraux doivent impérativement « éviter de surréagir » et ont parfois intérêt à « rester flous afin de se garder de la marge de manoeuvre ».

Une future première

Un comité spécial du conseil d’administration de la Banque du Canada s’est désormais mis en quête d’un remplaçant à Stephen Poloz. Des annonces seront placées un peu partout, y compris dans des journaux canadiens et étrangers. Le candidat que l’on compte avoir trouvé d’ici le printemps sera soumis à l’approbation du gouvernement fédéral.

Parmi les noms qui circulaient vendredi, on retrouvait celui de la première sous-gouverneure de la Banque, Caroline Wilkins. Il y avait aussi ceux de trois Québécois : Jean Boivin, ancien sous-gouverneur de la Banque et aujourd’hui chef de la recherche pour la plus grande firme d’investissement privée au monde, BlackRock ; Paul Beaudry, réputé professeur d’économie et nouveau sous-gouverneur de la Banque, ainsi que Paul Rochon, sous-ministre des Finances à Ottawa. L’ancien numéro deux de la Banque au temps de Mark Carney, Tiff Macklem, et le grand patron de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, Evan Siddall, étaient aussi évoqués.

« Qui sait ? On aura peut-être bientôt la première femme ou le premier francophone à la tête de la Banque du Canada ? » dit Steve Ambler.