La pression monte chez Boeing, l’action en souffre

La levée de l’interdiction de vol du 737 MAX en Europe dépendra des vols d’essai effectués par des pilotes européens, actuellement prévus mi-décembre.
Photo: Jason Redmond Agence France-Presse La levée de l’interdiction de vol du 737 MAX en Europe dépendra des vols d’essai effectués par des pilotes européens, actuellement prévus mi-décembre.

L’action de Boeing a ajouté près de 3,8 % à sa glissade boursière lundi, après un plongeon de 6,8 % vendredi, les analystes de grandes banques mettant les investisseurs en garde contre ces nouveaux rebondissements. Les firmes de courtage multipliaient les révisions à la baisse de leurs recommandations en raison des doutes sur le calendrier de remise en service du 737 MAX.

Dans la foulée, une réunion de deux jours du conseil d’administration a débuté dimanche et devait se conclure dans l’après-midi lundi alors que l’avionneur fait face à une question cruciale. Était-il au courant des problèmes du 737 MAX avant les deux accidents qui, à moins de six mois d’intervalle, ont fait 346 morts ? Cette réunion « était au programme », a insisté auprès de l’AFP un porte-parole de Boeing, lequel doit publier par ailleurs ses résultats du troisième trimestre mercredi.

Ces rebondissements interviennent quelques jours avant l’audition très attendue devant des élus, le 30 octobre, du p.-d.g. Dennis Muilenburg, qui s’est vu retirer récemment la casquette de président du conseil d’administration.

Les échanges révélés vendredi entre Mark Forkner et Patrik Gustavsson, deux pilotes de Boeing, suggèrent que le système automatique, le MCAS, qui devait empêcher l’avion de partir en piqué, le rendait difficile à piloter en simulateur. Ce système, mis en cause dans les accidents de Lion Air du 29 octobre 2018 et d’Ethiopian Airlines du 10 mars dernier, « déraille dans le sim [le simulateur] », écrit fin 2016 M. Forkner sur messagerie instantanée, soit deux ans avant les accidents et un an avant la certification du 737 MAX. « Bon, je t’accorde que je suis nul en pilotage, mais ça, c’était scandaleux », poursuit le pilote dans cette conversation avec M. Gustavsson.

M. Forkner signale à son collègue que le MCAS s’est enclenché dans des conditions normales alors que le système avait été conçu pour ne s’activer que dans une situation difficile ou inhabituelle. « Cela veut dire que nous devons actualiser sa description altitude » dans le manuel de vol, rétorque Patrik Gustavsson.

Boeing était au courant de l’existence de ces messages depuis plusieurs mois et les avait transmis au département de la Justice en février, soit un mois avant l’écrasement d’Ethiopian Airlines, selon une source proche du dossier. Mais le département des Transports et les élus américains n’en ont pris connaissance que jeudi dernier.

« Le conseil d’administration était-il au courant de l’existence de ces messages ? Si oui, pourquoi n’a-t-il rien dit ? » demande Richard Aboulafia. Cet expert chez Teal Group plaide par conséquent pour le limogeage du p.-d.g., Dennis Muilenburg, parce qu’il faut, selon lui, « un changement de culture ».

L’agence fédérale américaine de l’aviation (FAA) a sommé Boeing de s’expliquer et envisage des sanctions. « Nous regrettons les craintes causées par la publication vendredi des messages du 15 novembre 2016 impliquant un ancien employé », s’est excusé l’avionneur, dans un communiqué. La direction affirme n’avoir toujours pas pu parler « directement » à Mark Forkner.

Remise en service

Ces révélations jettent un doute sur la date de remise en service du 737 MAX, qui représente à lui seul plus des deux tiers du carnet de commandes de Boeing, s’accordent les experts. Pour sa part, l’Agence européenne de la sécurité aérienne s’attend à ne pas autoriser avant janvier au plus tôt la reprise des vols du 737 MAX de Boeing, a déclaré à l’agence Reuters son directeur général.

La levée de l’interdiction de vol du 737 MAX en Europe dépendra des vols d’essai effectués par des pilotes européens, actuellement prévus mi-décembre, a précisé Patrick Ky. Il a refusé de se prononcer sur le calendrier des décisions de la FAA, mais a prédit qu’il n’y aurait tout au plus qu’un écart de quelques semaines, pas de mois, entre les levées d’interdiction de vol des deux côtés de l’Atlantique.

Or, il y a « un risque croissant que la FAA ne procède pas au vol test de certification en novembre comme prévu afin de lever l’immobilisation au sol en décembre », avancent les analystes d’UBS. Un retard risque de se traduire par « une pause » de la production du MAX, avertit la banque suisse, ajoutant qu’il est désormais plus que probable que la FAA inspecte à nouveau l’avion de fond en comble.

Boeing a suspendu les livraisons de MAX, mais continue à en produire même si la cadence de production est inférieure de 20 % à ce qu’elle était avant les déboires de cet avion.