Le régulateur aérien américain sévèrement critiqué

Les auteurs du rapport pointent notamment «un nombre insuffisant de spécialistes de la FAA» chargés d’évaluer la conception du 737 MAX, «une expérience et une connaissance limitées des aspects techniques clés du programme 737 MAX» et une connaissance insuffisante du système anti-décrochage MCAS mis en cause dans les accidents.
Photo: Ted S. Warren Associated Press Les auteurs du rapport pointent notamment «un nombre insuffisant de spécialistes de la FAA» chargés d’évaluer la conception du 737 MAX, «une expérience et une connaissance limitées des aspects techniques clés du programme 737 MAX» et une connaissance insuffisante du système anti-décrochage MCAS mis en cause dans les accidents.

Un panel regroupant les autorités mondiales de l’aviation civile fustige dans un rapport publié vendredi le régulateur aérien américain (FAA) qui a manqué de moyens et d’expertise pour certifier le Boeing 737 MAX.

Ce groupe de travail baptisé JATR, mis en place en avril par l’agence fédérale de l’aviation américaine (FAA), avait pour mission d’examiner les procédures d’homologation du 737 MAX, interdit de vol depuis mars à la suite de deux accidents ayant fait 346 morts.

Les auteurs du rapport pointent notamment « un nombre insuffisant de spécialistes de la FAA » chargés d’évaluer la conception du 737 MAX, « une expérience et une connaissance limitées des aspects techniques clés du programme 737 MAX » et une connaissance insuffisante du système anti-décrochage MCAS mis en cause dans les accidents. Le rapport met aussi en cause le fait que les interactions du MCAS avec les pilotes n’ont pas été assez évaluées, ce qui a été d’autant plus préjudiciable que la FAA n’a pas été pleinement informée des modifications du MCAS survenues en cours de développement du programme.

Le 737 MAX toujours cloué au sol

La FAA n’a donc pas été en mesure d’évaluer correctement les besoins en formation des pilotes. Le régulateur des transports américain, le NTSB, avait déjà estimé en septembre que Boeing et la FAA avaient mal évalué la réaction des pilotes aux alertes en vol en cas de dysfonctionnement du MCAS. Quand il est activé, le MCAS met brutalement l’avion en « piqué » en pointant son nez vers le sol.

L’équipe JATR a en outre « déterminé que certains règlements et méthodes pour la mise en conformité traitant des problèmes de sécurité liés à l’intégration du système (MCAS) et aux facteurs humains et disponibles » au moment du processus de certification « n’avaient pas été appliqués au système B737 MAX, ou n’ont été appliqués que partiellement, ce qui n’a pas conduit au plein bénéfice en matière de sécurité ». Le panel recommande entre autres que « la FAA collabore avec d’autres autorités de l’aviation civile pour réviser l’approche en matière de certification de produits qui font l’objet de modifications ».

Le JATR ne remet pas en cause le principe du transfert par la FAA à Boeing de l’évaluation de certains systèmes et logiciels du MAX. Cette procédure, baptisée ODA, avait été adoptée en 2005 sous la pression du lobby aéronautique, sur fond de dérégulation et de baisse du budget de l’agence américaine. Selon la procédure ODA, Boeing choisissait les ingénieurs devant inspecter ses avions, la FAA apposait seulement son sceau.

La FAA doit cependant s’assurer qu’elle dispose d’effectifs suffisants pour superviser correctement les évaluateurs de Boeing, préconise le JATR. Boeing disposait de 1500 personnes chargées du travail de certification quand seules 45 personnes de la FAA, dont 24 ingénieurs, supervisaient leur travail.

Par ailleurs, United Airlines a fait échos à d’autres transporteurs américains en retirant de son horaire le Boeing 737 MAX jusqu’en janvier. Des centaines de vols supplémentaires ont dû être annulés au moment où l’interdit de vol de l’appareil, forcé par les deux accidents mortels, entame son huitième mois.

United a retiré le MAX de son horaire jusqu’au 6 janvier. Mercredi, American Airlines a annulé son utilisation jusqu’au 16 janvier. Au mois de juillet, Southwest a annoncé qu’il retirerait l’avion de son horaire jusqu’au 5 janvier.

Boeing se démène pour mettre au point des correctifs pour les avions, qui sont cloués au sol dans le monde entier depuis la mi-mars. Le constructeur basé à Chicago a déclaré qu’il espérait obtenir l’approbation au quatrième trimestre, mais les responsables de l’aviation n’ont pas indiqué s’ils espéraient autoriser les avions à voler à nouveau, rappelle l’agence Reuters.

Avec Le Devoir