Le poids de la dette pèse de plus en plus lourd sur le budget des ménages canadiens

La Banque du Canada ne baissera pas son taux directeur avant 2021, estime le Mouvement Desjardins.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La Banque du Canada ne baissera pas son taux directeur avant 2021, estime le Mouvement Desjardins.

L’effort financier que les ménages canadiens ont dû fournir pour s’occuper de leurs emprunts ne cesse de prendre de l’ampleur et a atteint un sommet historique au deuxième trimestre de 2019.

Selon les données de Statistique Canada, le ratio du service de la dette s’est établi à 14,93 %, cela faisant dire aux économistes que la marge de manoeuvre réduite pourrait poser problème en cas de hausse des taux d’intérêt.

Utilisé par les spécialistes pour mesurer l’espace relatif qu’occupe l’endettement dans le budget des ménages, le taux ne cesse de grimper. Il y a seulement quatre ans, au deuxième trimestre de 2015, il se situait à 13,71 %.

Certains économistes préfèrent ce ratio à d’autres mesures, car il procure un portrait fidèle de ce que les consommateurs doivent mettre de côté sur une base récurrente pour rembourser les intérêts et le capital sur leurs emprunts.

La situation demeure très fragile. Qu’adviendrait-il du service de la dette et de la situation financière des ménages advenant une remontée des taux d’intérêt ?

L’endettement total des ménages par rapport au revenu disponible, une autre mesure, est également demeuré élevé. Selon l’agence fédérale, ce ratio est maintenant de 174,05 % sur une base non désaisonnalisée. Il s’agit d’un nouveau sommet. Cela signifie qu’un ménage traîne une dette de 1,74 $ pour chaque dollar de revenu, une comparaison que certains économistes privilégient moins en raison du fait qu’elle compare un passif à un flux financier.

Statistique Canada a cependant mentionné que sur une base désaisonnalisée, le même ratio est de 177,1 %, « ce qui représente une troisième baisse trimestrielle consécutive, le revenu des ménages ayant augmenté un peu plus rapidement que la dette des ménages ». (L’agence avait l’habitude d’insister sur la donnée non désaisonnalisée pour présenter ce ratio, mais a modifié sa façon de faire au printemps 2019.)

Quand même, a dit en entrevue Benoit P. Durocher, du Mouvement Desjardins, « d’un point de vue historique, c’est très élevé ». « Les inquiétudes associées à d’éventuelles hausses de taux demeurent, ça ne change absolument rien à l’histoire. »

Effets d’une hausse des taux

Dans une note aux clients, M. Durocher a signalé qu’il pourrait y avoir un « certain répit » dans les prochains trimestres en raison de la baisse de certains taux hypothécaires et des taux directeurs des banques centrales qui ne bougent pas. « Par contre, la situation demeure très fragile. Même si cela peut prendre du temps avant de se concrétiser, qu’adviendrait-il du service de la dette et de la situation financière des ménages advenant une remontée des taux d’intérêt ? »

Devant cette situation, estime M. Durocher, la Banque du Canada ne sera aucunement tentée de réduire son taux directeur, car cela pourrait avoir pour effet de stimuler davantage le recours au crédit. La prochaine baisse n’aura pas lieu avant 2021, croit le Mouvement Desjardins.

La Banque du Canada a déjà dit qu’elle suit de près le niveau d’endettement des ménages « en raison des risques grandissants qu’ils font planer sur la stabilité financière et l’économie », comme l’a indiqué l’an dernier son gouverneur, Stephen Poloz, lors d’un discours à Yellowknife.

Le ratio du service de la dette de 14,9 % est un peu plus lié à des emprunts non hypothécaires (8,1 %) qu’à la dette hypothécaire (6,8 %), a relevé la Banque TD, qui s’inquiète elle aussi de ce qu’un resserrement de la ceinture aura comme effet sur les dépenses de consommation.

Par ailleurs, depuis le troisième trimestre de 2018, a fait remarquer Statistique Canada, les revenus des ménages augmentent plus rapidement (+3,4 %) que la dette contractée sur le marché du crédit (+2,8 %).

La valeur nette des ménages a augmenté de 1,2 %, associée notamment à une hausse de 1,1 % de la valeur des actifs non financiers, selon l’agence.