C’est le jour J pour l’avenir de Transat

Transat a insisté mardi sur le bien-fondé de la transaction et mentionné que l’arrangement est le «résultat d’un processus rigoureux et diligent».
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Transat a insisté mardi sur le bien-fondé de la transaction et mentionné que l’arrangement est le «résultat d’un processus rigoureux et diligent».

À moins d’un imprévu majeur, les actionnaires de Transat connaîtront vendredi matin le résultat du vote sur l’offre d’achat d’Air Canada, qui ferait passer le voyagiste entre les mains du transporteur pour 720 millions. Le vote devrait être favorable, a estimé jeudi un expert en gouvernance.

Les actionnaires avaient jusqu’au 21 août pour voter par procuration, mais l’assemblée prévue dans un hôtel de Montréal permettra à ceux désirant voter sur place de s’exprimer publiquement sur la transaction, présentée comme un mariage d’intérêt public par les deux entreprises alors que d’autres craignent des effets négatifs sur la concurrence et des pertes d’emplois.

Se pourrait-il que 33% des actionnaires votent contre l’offre? Ça reste toujours une possibilité. À ce moment-là, on recommencerait à zéro [...] Mais mon sentiment, c’est que ça va passer assez fortement.

Air Canada, qui promet de maintenir le siège social de Transat et les marques, a dû augmenter son offre de 40 % en cours de route afin de convaincre le plus gros actionnaire, la firme de placement Letko Brosseau, de déposer son bloc de 19,3 %. Le transporteur aérien souhaite mettre la main sur 100 % des actions.

Actionnaires discrets

En dévoilant sa proposition bonifiée le 11 août, le transporteur avait indiqué que le geste reflétait des discussions avec « plusieurs autres » grands actionnaires, sans toutefois les nommer. Le Fonds FTQ, qui détient 11,6 % des actions, n’a pas voulu dévoiler son intention de vote à l’avance, tout comme la Caisse de dépôt et placement, qui possédait un bloc d’environ 6 % au 31 décembre dernier.

Si le Fonds FTQ et la Caisse avaient décidé de voter contre l’offre, elles l’auraient probablement fait savoir publiquement avant aujourd’hui, a affirmé jeudi Yvan Allaire, président exécutif de l’Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques (IGOPP).

L’assemblée étant imminente, M. Allaire estimait « hautement improbable » de voir surgir, au dernier moment, une offre hostile provenant d’un autre acquéreur intéressé. « Se pourrait-il, par ailleurs, que 33 % des actionnaires votent contre l’offre [d’Air Canada] ? Ça reste toujours une possibilité. À ce moment-là, on recommencerait à zéro, et il pourrait y avoir de nouvelles offres. Mais mon sentiment, c’est que ça va passer assez fortement. »

Le Groupe Mach, spécialisé dans l’immobilier, a tenté de faire dérailler le processus en offrant aux actionnaires 14 $ l’action, soit un prix légèrement supérieur à la première offre de 13 $ proposée par Air Canada. Mach souhaitait mettre la main sur 19,5 % des actions pour exercer les droits de vote contre la proposition du transporteur et s’engageait à faire le paiement trois jours après le vote. L’opération s’est vite retrouvée devant un tribunal spécialisé, qui a décidé de l’interdire.

Des critiques ont aussi été exprimées par Pierre Karl Péladeau, selon lequel la transaction « n’est pas dans l’intérêt public fondamental » du Québec. « Il n’en demeure pas moins qu’historiquement, l’entreprise a manqué à ses engagements, légaux et sociaux, envers le Québec, affichant ainsi un bilan social peu reluisant », a-t-il écrit dans une lettre ouverte. Si le résultat du vote s’avère négatif, il envisage de déposer une offre avec des partenaires.

Le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MEDAC) a également annoncé qu’il votera contre l’arrangement, entre autres parce que l’achat entraînerait, selon lui, la disparition du siège montréalais de Transat.

Transat a insisté mardi sur le bien-fondé de la transaction et mentionné que l’arrangement est le « résultat d’un processus rigoureux et diligent mené par le conseil d’administration de Transat et ses conseillers ». Les discussions avec Air Canada ont commencé en 2018, a indiqué Transat dans la circulaire de sollicitation de procurations qui a été envoyée aux actionnaires au mois de juillet.

Cette même circulaire indiquait que l’ensemble des membres de la haute direction de Transat et de son conseil d’administration recevrait une contrepartie totale d’environ 32 millions, ce qui tient compte des actions et des options détenues par chacun. Ce montant était cependant lié à l’offre initiale d’Air Canada, qui prévoyait un prix de 13 $ par action. Ce prix est passé à 18 $ le 11 août.