Analyse: Trump et les politiques qui divisent

La Bourse de New York a encaissé mercredi sa plus lourde perte quotidienne de l’année.
Photo: Spencer Platt Getty Images AFP La Bourse de New York a encaissé mercredi sa plus lourde perte quotidienne de l’année.

Mercredi, la Bourse new-yorkaise abandonnait plus de 3 % en séance dans ce qui se voulait être un éveil de conscience face aux politiques commerciales de Donald Trump. Mardi, une coalition formée de 22 États et de grandes villes entamait une action en justice pour combattre la politique climatique du président américain. Il y a trois semaines, quatre grands de l’automobile se rangeaient derrière les normes d’émission de GES californiennes, rejetant l’assouplissement préconisé par le locataire de la Maison-Blanche. Le découplage s’accroît sans cesse.

La menace de Donald Trump d’étendre l’imposition de tarifs punitifs aux 300 milliards d’importations chinoises jusque-là épargnées, et la réplique immédiate de la Banque populaire de Chine sous forme de déplacement du taux pivot provoquant une dévaluation du yuan, ont replongé Wall Street dans l’univers de la volatilité. Aussi, cette fameuse inversion de la courbe de rendement, vue par certains comme un signe annonciateur d’une récession, a repris le haut de l’écran. La séance boursière de mercredi à New York vient cristalliser le désaveu et créer un arrimage de Wall Street à l’économie réelle qui faisait défaut.

Les principaux indices de référence se sont repliés de 3 % mercredi, forçant la Bourse de New York à encaisser sa plus lourde perte quotidienne de l’année. Des statistiques sur la croissance de la production industrielle chinoise, tombée à un creux vieux de 17 ans en juillet, ont soufflé le froid. La contraction du PIB allemand au deuxième trimestre, plombé par des exportateurs souffrant des conséquences des conflits commerciaux, a accéléré la course vers la sortie, forçant notamment le rendement sur les bons du Trésor américain à dix ans à passer momentanément sous celui des bons à échéance de deux ans. Une première depuis 2007, disait-on.

Il n’y a pas que la politique commerciale du président Trump qui divise. Sa politique climatique alimente l’adversité. Mardi, 22 États américains appuyés par de grandes villes comme Los Angeles, New York et Chicago se sont rassemblés au sein d’une coalition lançant une action en justice contre le gouvernement devant une cour fédérale de Washington. L’on s’attaque, ici, aux mesures prises visant à relancer l’industrie du charbon, voire à ralentir la fermeture des centrales. L’on cible le projet « Affordable Clean Energy » (ACE), qui se veut de loin moins contraignant que le « Clean Power Plan » adopté sous la présidence d’Obama mais jamais appliqué, qui venait fixer des plafonds d’émissions de gaz polluant dans l’objectif d’accélérer la fermeture des centrales. Sous le thème du « charbon propre » dont les supposées vertus ont été maintes fois vantées par Donald Trump, l’ACE a pour but principal de permettre à chaque État américain de fixer ses propres normes et critères pour les centrales au charbon exploitées sur son territoire.

Ce recours est venu rappeler que derrière cette absence de leadership fédéral en matière de lutte contre le réchauffement climatique et de transition énergétique, malgré ces assauts répétés du gouvernement Trump contre les engagements environnementaux pris et signés par son prédécesseur, les États-Unis ne demeurent pas inféodés à Washington. La rétrogradation au sommet politique n’empêche pas les avancées à la base. Déjà l’an dernier la procureure générale de l’État de New York menaçait d’attaquer en justice le texte de l’ACE au nom d’un groupe de 17 États et 6 villes et comtés. Plus près, les Ford, Honda, Volkswagen et BMW rejetaient la proposition du président d’annuler la réglementation en matière d’émission de CO2 adoptée par l’administration Obama pour adopter les normes californiennes, définies comme étant plus strictes quoique se voulant une version adoucie du plan Obama. Auparavant, la Californie et 13 autres États menaçaient d’attaquer en justice ce projet de normes fédérales édenté.

Dans la liste de ces interventions activistes, produisant des gestes concrets en matière de réduction des GES, on nomme la visible et audible coalition « We Are Still In », regroupant quelque 3500 organisations dont plus de 60 % d’entreprises. Le mouvement comprend 280 villes, ou encore 10 États, précise un texte du média spécialisé Les Échos. Ou la US Climate Alliance, réunissant 16 États et Porto Rico, et la US Climate Mayors, un regroupement initial d’une vingtaine de villes élargi à plus de 410 en réaction au retrait des États-Unis de l’Accord de Paris.

Pour revenir au charbon, le Sierra Club disait en mai que 50 centrales thermiques avaient fermé aux États-Unis depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, contre l’ouverture d’une seule nouvelle. Au total, 289 centrales se sont engagées sur la voie de la fermeture depuis 2010, ajoute l’organisation écologiste. Il en reste 241.