L’activité recule en Allemagne, un signal d’«alarme»?

Un travailleur de Volkswagen, à Wolfsburg, en Allemagne
Photo: John MacDougall Agence France-Presse Un travailleur de Volkswagen, à Wolfsburg, en Allemagne

L’Allemagne a vu son activité économique reculer au deuxième trimestre à cause des tensions commerciales internationales, ravivant les craintes de récession et confortant les partisans d’un plan de relance dans le pays.

Le PIB de la première économie européenne s’est contracté de 0,1 % par rapport au trimestre précédent, a indiqué mercredi l’Office national des statistiques. Cette évolution s’explique surtout par les moindres performances des exportateurs allemands, qui souffrent de l’environnement international dégradé par les conflits commerciaux, comme celui opposant les États-Unis à la Chine. Le président américain, Donald Trump, vient de lancer la menace de quitter l’Organisation mondiale du commerce.

L’Allemagne « fait les frais » de ces tensions, « car son industrie est très orientée vers l’exportation », comme dans l’automobile, a expliqué le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmaier, parlant d’un trimestre qui sonne comme un « signal d’alarme » et un « avertissement », dans le quotidien populaire Bild.

Cette piètre performance fait suite à un rebond de 0,4 % affiché au premier trimestre. Si le pays enregistre lors du trimestre en cours une nouvelle contraction de son activité, il entrera dans ce qui est techniquement défini comme une récession. L’Allemagne y avait échappé d’un cheveu durant la seconde moitié de 2018.

Avec le recul de son PIB au printemps, le pays rejoint la Grande-Bretagne, dont l’économie s’est également contractée d’avril à juin (-0,2 %). En zone euro, l’élève modèle de la dernière décennie fait désormais figure de boulet, faisant moins bien que l’Italie (0 %) et la France (+ 0,2 %) lors du trimestre écoulé.

En Allemagne, les plans de licenciement se multiplient depuis plusieurs mois, le rythme des créations d’emploi ralentit, et tous les signaux économiques sont au rouge.

Le gouvernement allemand mise pour l’heure sur 0,5 % de croissance cette année, un chiffre déjà historiquement faible : un net coup de frein par rapport aux 2,2 % de 2017 et 1,4 % de l’an dernier.

La chancelière, Angela Merkel, a reconnu mardi que l’économie allemande traversait « une phase difficile ». Mais elle a dit ne pas voir « pour le moment […] la nécessité d’un paquet conjoncturel » de soutien à l’activité. Le pays a aussi ancré dans sa constitution la rigueur budgétaire. Elle est guidée par le mécanisme dit de frein à l’endettement (Schuldenbremse), qui limite fortement toute marge de manoeuvre dans ce domaine.

Plusieurs partenaires européens de l’Allemagne, comme la France, mais aussi le FMI ou la Commission européenne, demandent depuis longtemps au pays de délier les cordons de la bourse pour dépenser plus et soutenir la croissance atone. Les États-Unis de Donald Trump se plaignent, eux, du manque de dépenses militaires de l’Allemagne et l’appellent à utiliser pour cela ses excédents. Le parti démocrate-chrétien de Merkel n’y est pas opposé, mais les sociaux-démocrates, eux, ne veulent pas en entendre parler.

Selon un des experts économiques qui conseillent le gouvernement allemand, Christoph Schmidt, cité ce week-end par l’hebdomadaire Der Spiegel, l’objectif « zéro dette » consistant à conserver un budget annuel au moins à l’équilibre pourrait néanmoins être remis en cause « en cas de repli marqué de l’économie ».