Une Réserve fédérale sous l’influence de Donald Trump

La Réserve fédérale a alimenté merdredi la confusion autour de sa capacité à faire la sourde oreille aux récriminations du locataire de la Maison-Blanche.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse La Réserve fédérale a alimenté merdredi la confusion autour de sa capacité à faire la sourde oreille aux récriminations du locataire de la Maison-Blanche.

Jour après jour, au rythme des attaques répétées de Donald Trump dénonçant la politique monétaire menée par la Réserve fédérale, l’institution perd en crédibilité. Mercredi, avec cette première baisse du taux directeur depuis la crise de 2008, malgré une économie carburant à plein régime, la banque centrale la plus puissante de la planète a alimenté la confusion déjà grandissante autour de sa capacité à faire la sourde oreille aux récriminations du locataire de la Maison-Blanche.

La Réserve fédérale est pourtant en pleine maîtrise de son mandat à double volet emploi-inflation. Selon les récentes statistiques, l’inflation oscille autour de 1,5 %, le PIB a crû au rythme annuel de 2,1 % au deuxième trimestre, soutenu par la vigueur de la consommation, et le taux de chômage se maintient à 3,7 %.

Éprouvant de la difficulté à expliquer ce recul de 25 points de base du taux directeur de la Fed, son président, Jerome Powell, a parlé d’une « assurance » et d’ajustement monétaire de milieu de cycle. Rien de convaincant, donc. D’autant que pour nombre d’analystes, justifier l’assouplissement en évoquant une « faiblesse persistante » de l’inflation et proclamer l’arrêt, deux mois plus tôt, de la réduction de son bilan traduiraient une sensibilité aux attaques présidentielles.

Une thèse que vient renforcer la dissidence exprimée mercredi au sein du Comité monétaire, deux membres de la Fed ayant exprimé leur choix pour un statu quo. « C’est la contestation la plus nette durant l’actuelle présidence ; il y a eu deux dissidents faucons sur cette décision », pouvait-on lire dans un texte de l’agence Reuters. C’est la première fois, depuis que Jerome Powell est à la tête de l’institution en 2018, que le Comité monétaire est si divisé, ajoutait l’Agence France-Presse.

N’empêche, le président persiste et signe. Dans sa dernière attaque contre une banque centrale qu’il accuse de freiner la croissance et de brider la poussée de Wall Street, il a réitéré que la Fed avait haussé les taux de manière trop prématurée et à un rythme trop sévère. « Ce que les marchés voulaient entendre [mercredi] de Jay Powell […] était que c’était le début d’un long cycle agressif de baisses des taux pour pouvoir rivaliser avec la Chine et l’Europe. » Appelant à une réduction plus importante et à l’application immédiate d’une politique monétaire accommodante, Donald Trump a soutenu que n’eût été de l’action de la Fed, la croissance du PIB américain serait dans les 4 % et le Dow Jones aurait 10 000 points de plus.

L’homme de Trump

Or, Donald Trump a déjà son bouc émissaire en cas de détérioration de la conjoncture économique. Une décélération pourtant attendue une fois estompés les effets d’un PIB dopé l’an dernier par le stimulus budgétaire et fiscal, dans le sillon de ce ralentissement mondial sous le coup des tensions commerciales alimentées par Washington.

Jerome Powell était pourtant l’homme de Donald Trump. « J’ai quelqu’un de très précis en tête et je pense que tout le monde sera très impressionné » avait-il déclaré en 2017, en refusant un deuxième mandat à Janet Yellen.

L’on disait de ce républicain, ancien haut fonctionnaire du gouvernement de George Bush père, que sa nomination s’inscrivait dans la continuité. Qu’il avait appuyé les décisions de la Fed depuis son arrivée au sein de l’institution en 2012. La banque centrale évoluait déjà en mode normalisation de sa politique monétaire. Le mouvement de hausse du taux directeur avait été amorcé en décembre 2016, suivi de trois augmentations en 2017.

Mais les quatre sauts de 2018, surtout le passage du taux au jour le jour au-dessus des 2 % en septembre, ont fait rugir Donald Trump. Jerome Powell en avait remis en empruntant un ton plus restrictif, parlant d’un taux cible se rapprochant du taux neutre, que l’on situait alors entre 2,5 et 3 %.

Trump, dénonçant la précipitation de la banque centrale, s’est mis à la considérer comme étant sa « principale menace ». Le ton a alors immédiatement changé, la Fed sortant plutôt la carte d’une décélération anticipée de la croissance en 2019 et d‘une prévision d’inflation abaissée. Surtout, on a orchestré une réduction du rythme d’augmentation des taux, réduisant la cadence de quatre en 2018 à deux prévus cette année. On connaît la suite.

Donald Trump n’avait pas tout faux. L’histoire nous enseigne que la Fed n’a pas toujours bien évalué la vitesse idéale pour l’augmentation du loyer de l’argent. À la défense de la Fed, la conjoncture est d’autant plus difficile à lire que le commerce électronique, l’automatisation et la dématérialisation de l’économie produisent leurs effets. Et qu’elle doit conjuguer avec un leadership politique et un interventionnisme économique à Washington plutôt atypiques.