Un autre financement, de 500 millions, pour Ciment McInnis

Ciment McInnis, dont la production a déjà trouvé preneur pour 2019, exporte environ la moitié du ciment produit vers les États-Unis.
Photo: Catherine Legault Archives Le Devoir Ciment McInnis, dont la production a déjà trouvé preneur pour 2019, exporte environ la moitié du ciment produit vers les États-Unis.

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) demeurera aux côtés de Ciment McInnis en participant, à hauteur de 150 millions, au financement supplémentaire d’un demi-milliard de dollars obtenu par l’exploitant de la cimenterie gaspésienne de Port-Daniel. Il s’agit d’un changement de cap pour la Caisse qui, au cours de la dernière année, avait évalué la possibilité de se départir de sa participation dans ce projet marqué par les dépassements de coûts. « Le contexte a changé parce que la cimenterie a une très bonne performance, a indiqué mercredi un porte-parole de la CDPQ, Yann Langlais-Plante, au cours d’un entretien téléphonique. La performance est au rendez-vous. C’est un nouveau chapitre. Pour nous, cela s’avérait intéressant de refaire ce financement. »

La Caisse demeure le principal actionnaire de l’entreprise. En date du 31 décembre dernier, sa participation était évaluée à 57,3 %, selon le plus récent rapport annuel de l’investisseur institutionnel. M. Langlais-Plante n’a pas voulu dire combien de temps la Caisse allait demeurer dans le projet, indiquant qu’à titre d’« investisseur à long terme », l’institution devait demeurer « au fait des occasions qui pourraient se présenter. »

Ciment McInnis compte utiliser ces 500 millions pour soutenir sa croissance et lui permettre d’augmenter ses capacités d’entreposage, de chargement et de distribution. L’entreprise n’était toutefois pas en mesure de dire si elle était rentable à l’heure actuelle. Pour la compagnie, il sera plus facile de mettre en oeuvre les initiatives de croissance avec une structure d’actionnariat qui demeure inchangée, a estimé son président et chef de la direction, Jean Moreau. « Bien sûr, parce que tout changement mène à des opportunités ainsi qu’à des risques. »

Dans le cadre de cette opération de financement, réalisée sous forme de prêts, Beaudier, la société d’investissement de la famille Beaudoin-Bombardier, injecte également 50 millions alors que le reste provient d’un consortium formé par 11 institutions financières canadiennes et internationales. Une partie de l’argent servira à rembourser la débenture de 125 millions émise à la société de portefeuille BlackRock en 2016.

Investissement Québec (IQ), le bras financier du gouvernement québécois, a également consenti à « certains ajustements », qui n’ont pas été précisés, à la structure de la dette de Ciment McInnis. Aucune somme supplémentaire n’est dépensée, dit-on. Annoncée par le gouvernement péquiste de Pauline Marois en 2014, la facture du projet avait bondi à 1,55 milliard, soit environ 450 millions de plus, en raison des dépassements de coûts. IQ et la CDPQ avaient engagé 615 millions en prêts et en capital-actions. Les problèmes avaient entraîné des changements au sein de la direction de Ciment McInnis en 2016. La Caisse avait alors remis de l’argent tout en prenant le contrôle du projet, qui était jusque-là entre les mains de Beaudier.

À plus d’une reprise, la cimenterie avait fait l’objet de critiques de la Coalition avenir Québec quand elle siégeait dans l’opposition. Le parti dirigé par François Legault critiquait l’ampleur de l’aide publique accordée à ce projet. Ciment McInnis, dont la production a déjà trouvé preneur pour 2019, exporte environ la moitié du ciment produit vers les États-Unis. À terme, l’entreprise n’aura pas besoin de financement supplémentaire, selon M. Moreau. « C’est le dernier marteau de notre coffre à outils, a-t-il dit. Cela va nous permettre d’atteindre la production nominale de l’usine [2,3 millions de tonnes par année, ndlr] et de compléter notre plan d’affaires. » D’après M. Moreau, l’exploitant de la cimenterie de Port-Daniel pourra bénéficier d’une autonomie financière grâce aux nouveaux capitaux.