Groupe Mach ne s’estime plus dans la course pour l’achat de Transat

Même si Transat A.T. a accepté la proposition d’Air Canada, la transaction pourrait se heurter à de nombreux obstacles.
Photo: Getty Images Même si Transat A.T. a accepté la proposition d’Air Canada, la transaction pourrait se heurter à de nombreux obstacles.

Groupe Mach ne s’estime plus dans la course pour Transat A.T., écorchant au passage l’attitude du conseil d’administration du voyagiste, qui a plutôt décidé d’accepter l’offre d’Air Canada au prix de 13 $ par action.

« Nous n’avons aucune intention de déposer une proposition supérieure telle que définie dans la convention d’arrangement entre les deux sociétés », a confirmé à La Presse canadienne le premier vice-président aux fusions et acquisitions de Mach, Alfred Buggé.

Ces commentaires ont semblé effrayer les investisseurs, puisqu’à la Bourse de Toronto, l’action de Transat A.T. a plongé de 8,15 %, ou 1,10 $, pour clôturer à 12,39 $ — un prix inférieur à celui offert par Air Canada.

Selon M. Buggé, la société mère d’Air Transat était bien au fait de l’offre de 14 $ par action du promoteur immobilier figurant dans sa proposition amendée présentée le 25 juin dernier et a simplement décidé de l’ignorer.

Si Mach avait retiré des conditions au chapitre du financement, l’entreprise exigeait la « terminaison par Transat de son processus de vente avec Air Canada avant la signature d’une entente définitive d’acquisition ». Jeudi dernier, à la suite de l’annonce avec Air Canada, un porte-parole du voyagiste, Christophe Hennebelle, avait indiqué à La Presse canadienne qu’il n’y avait « pas d’autres offres puisque celle de Mach était suspendue à une condition qui n’a pas été réalisée ».

« Transat n’a même pas pris le temps de communiquer avec nous, a déploré M. Buggé. Nous n’avons eu aucun accusé de réception, aucun coup de téléphone, zéro. Transat avait le choix de ne pas signer avec Air Canada, sans conséquences légales négatives, pour venir discuter avec nous. Le conseil d’administration a délibérément accepté une offre à 13 $ alors qu’il y avait une proposition devant eux à 14 $. Pourquoi allons-nous de nouveau déposer une proposition supérieure ? C’est devenu ridicule. »

Selon la convention d’arrangement, publiée uniquement en anglais pour l’instant, les actionnaires de Transat A.T. seront convoqués au plus tard le 26 août pour se prononcer sur la transaction avec Air Canada, dont la valeur est estimée à 520 millions de dollars.

D’ici là, le voyagiste peut recevoir des offres concurrentes, mais elles devront respecter une série de conditions — dont celle de ne pas effectuer un contrôle préalable — et être d’au moins 14 $ par action. Si Transat A.T. accepte une offre concurrente, une indemnité de 15 millions de dollars devrait être versée à Air Canada, qui aura néanmoins cinq jours pour égaler une proposition plus élevée.

Mais tant et aussi longtemps que l’entente entre l’important transporteur aérien et la société mère d’Air Transat sera en vigueur, Mach ne sera pas dans le portrait.

« Nous étions présents depuis la fin du mois de décembre avec Transat, a dit M. Buggé. Nous avions déposé des lettres d’intention et des propositions sérieuses dès le 7 février. Par la suite, il y avait eu des amendements. »

Or, le haut dirigeant de Mach s’est montré particulièrement étonné d’apprendre, dans la convention d’arrangement, qu’une entente de confidentialité était intervenue entre Transat A.T. et Air Canada le 1er février dernier.

M. Buggé n’a pas voulu confirmer que le promoteur immobilier avait complété le montage financier afin d’acquérir le voyagiste québécois, rappelant toutefois que l’offre ne comportait aucune condition de financement.

Interrogé mercredi, M. Hennebelle n’a pas voulu dire si l’entreprise avait reçu d’autres propositions depuis la semaine dernière et n’a pas voulu commenter les propos de M. Buggé.

Nombreux défis

Même si Transat A.T. a accepté la proposition d’Air Canada, la transaction — dont la clôture est prévue au début de 2020 et qui devra être approuvée par au moins les deux tiers des actionnaires de la société — pourrait se heurter à de nombreux obstacles, dont un examen minutieux des autorités réglementaires, l’opposition d’importants actionnaires ainsi que la possibilité que d’autres offres soient déposées.

Letko, Brosseau et associés, plus important actionnaire du voyagiste avec une participation légèrement inférieure à 20 %, avait déjà fait savoir, par l’entremise de certains médias, qu’il s’opposait au prix de 13 $ par action.

« Nous croyons que la valeur de Transat est plus élevée que l’offre d’Air Canada et, à ce titre, nous accueillerons favorablement les parties intéressées avec des offres concurrentielles », a fait valoir par courriel Amar Pandya, analyste chez Penderfund Capital Management, propriétaire d’environ 3,1 % des actions en circulation.

Le Fonds de solidarité FTQ ainsi que la Caisse de dépôt et placement du Québec détiennent respectivement des participations de 11,56 % et de 5,83 %. Le bas de laine des Québécois n’a pas voulu commenter, alors que du côté du Fonds, l’analyse de la transaction se poursuit.

Si la transaction ne va pas de l’avant, Air Canada devra payer une indemnité de rupture pouvant atteindre 40 millions de dollars.