Le marché du travail se porte «vraiment» bien, mais reste fragile

Les taux d’emploi des travailleurs de 25-54 ans, des femmes, des jeunes, des immigrants et des personnes plus âgées atteignent des sommets.
Photo: Pixabay Les taux d’emploi des travailleurs de 25-54 ans, des femmes, des jeunes, des immigrants et des personnes plus âgées atteignent des sommets.

Le marché du travail se porte généralement bien au Québec et continue même de s’améliorer, note l’Institut du Québec (IdQ) dans une étude. Cette belle vigueur cache toutefois une insouciance et un manque de préparation inquiétants alors que le temps des choix est plus que venu face au problème de rareté de main-d’oeuvre.

« Globalement, le marché de l’emploi se porte vraiment bien en ce moment au Québec et les indicateurs économiques habituels sont presque tous à la hausse, a observé en entretien téléphonique au Devoir, lundi, la directrice générale de l’IdQ, Mia Homsy, à la veille du dévoilement, le lendemain, d’une étude commandée par la Banque de Montréal et visant à brosser un tableau plus large qu’à l’habitude de la qualité du marché du travail. Mais dès qu’on essaie de se projeter dans l’avenir, on réalise que tout cela reste bien fragile et qu’on ne dispose souvent même pas des données nécessaires pour établir des priorités d’action. »

D’un côté, les taux d’emploi des travailleurs de 25 à 54 ans, des femmes, des jeunes, des immigrants et des personnes plus âgées atteignent des sommets. Le travail à temps partiel involontaire est aussi en recul, les inégalités de revenus restent plus faibles au Québec qu’en Ontario et même les salaires augmentent plus vite que l’inflation.

Tout n’est pas parfait, cependant. Le Québec continue, par exemple, d’accuser du retard sur l’Ontario et la Colombie-Britannique en matière, notamment, de gains de productivité, d’intégration des travailleurs immigrants ou encore de taux de diplomation au secondaire.

Nuages à l’horizon

Mais c’est l’avenir qui est le plus préoccupant, observe l’IdQ dans son rapport. On pense évidemment au vieillissement de la population qui a déjà commencé à rétrécir le bassin de travailleurs potentiels. La situation commence déjà à être compliquée dans certaines régions, comme Québec, Chaudière-Appalaches et l’Abitibi-Témiscamingue, mais aussi dans certains secteurs économiques, comme ceux de la fabrication, des sciences appliquées et de la santé.

Le problème, poursuit l’IdQ, est que plusieurs des données nécessaires pour se faire une idée plus juste de l’ampleur de la crise sont inexistantes ou inaccessibles. Mia Homsy cite l’exemple de la formation continue en entreprise, à laquelle les gouvernements consacrent pourtant d’importantes ressources financières sans pouvoir en mesurer le résultat.

Elle en veut également pour preuve ses nombreuses démarches infructueuses visant à estimer la pénurie d’enseignants dans les écoles du Québec. « Cela fait deux ans que je fais des demandes d’accès à l’information sans succès. Comment voulez-vous vous attaquer à un problème aussi grave que celui-là sans commencer par établir le chiffre exact du nombre d’enseignants manquants ? »

Difficiles choix à venir

De telles informations seront essentielles pour faire les bons choix le moment venu. Parce que des choix devront être faits dans la lutte pour réduire les effets de la rareté de main-d’oeuvre au Québec, prévient l’économiste. « Il y aura 1,2 million de personnes à remplacer au cours des dix prochaines années et il n’y aura pas de solution magique. On ne parviendra pas à remplacer tout le monde, même avec l’immigration. Dans ce contexte, il est fondamental de prioriser des secteurs, des professions, dans lesquels on consacrera plus d’énergie et de ressources. »

Pour Mia Homsy, la priorité devrait aller aux emplois dans les secteurs des sciences et des technologies, plus porteurs de développement économique, et dont les travailleurs sont moins à risque d’être remplacés par des robots, mais aussi dans les domaines névralgiques de la santé et de l’éducation. « Entre remplacer un caissier ou un enseignant, le choix me semble clair. Mais cela devrait faire l’objet d’un débat public. Et pour cela, il faudra toute l’information pertinente. »

Pour le moment, les gouvernements et le monde des affaires semblent « conscients de l’importance » du problème de rareté de main-d’oeuvre, « mais [ils sont] sur le neutre ». « C’est comme s’il manquait le courage et le sentiment d’urgence pour forcer la mise en place des mécanismes de coopération nécessaires. »