S’approprier l’enjeu de la transition énergétique

Michel Patry a pris la barre de HEC Montréal en 2006.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Michel Patry a pris la barre de HEC Montréal en 2006.

Les écoles de gestion n’ont cessé de croître depuis qu’il a pris la barre de HEC Montréal en septembre 2006, mais Michel Patry, ayant été aux premières loges, a pu observer un autre changement s’opérer : l’émergence de la transition énergétique et de la responsabilité sociale comme des objets de préoccupation majeure dans la conscience des institutions et des étudiants.

Après avoir passé la fin de semaine à faire des boîtes, le directeur de HEC Montréal, plus vieil établissement du genre au Canada, quittera ses fonctions dans 48 heures à la faveur de Federico Pasin, nommé comme successeur en décembre dernier. M. Patry a accepté un mandat pour la Fondation HEC.

Il faut s’assurer qu’il n’y ait pas moyen de passer à côté [de cet enjeu]

« Idéalement, ici, ce qu’on voudrait, c’est qu’il n’y ait personne qui suit un programme qui ne soit pas sensibilisé de façon importante à [ces enjeux] », dit Michel Patry, avec qui Le Devoir s’est entretenu dans son bureau mardi. « Il faut s’assurer qu’il n’y ait pas moyen de passer à côté. » Ce désir de faire percoler les enjeux à travers la formation, insiste-t-il, « c’est différent de dire « on a un cours ». 

Le rattrapage sur la responsabilité sociale et le virage énergétique se sont faits sur une dizaine d’années, dit M. Patry. « Les universités en général, et les écoles de gestion en particulier, ont été un peu lentes à recevoir le message. Mais je pense que le message est maintenant largement reçu et que beaucoup d’efforts sont déployés. Cela dit, il y a encore du chemin à faire. » Il suffit de suivre l’actualité pour comprendre que ces questions, « portées notamment par les plus jeunes générations », ont donné lieu à « une sorte de wake-up call », dit-il.

Clientèle mondiale

Fondée en 1907 sous l’appellation « École des hautes études commerciales (HEC) de Montréal », l’université était d’abord située à l’angle des rues Viger et Saint-Hubert. Des cours par correspondance seront lancés en 1924, puis une formation à l’intention des cadres d’entreprise en 1958. Aujourd’hui, HEC Montréal compte 14 000 étudiants, dont 4300 proviennent de l’étranger ou sont des résidents permanents. Sur ces 4300, 38 % proviennent de l’Afrique, 37 % de l’Europe, 12 % de l’Amérique centrale et du Sud, et 11 % de l’Asie.

Les écoles de gestion du monde sont plus que jamais en concurrence les unes contre les autres, dit Michel Patry. « Le paysage a beaucoup changé. Pensons à l’émergence foudroyante des universités en Asie. » Au début des années 2000, dit-il, il était rare qu’une université canadienne ou américaine qui voulait recruter quelqu’un le perde pour une université chinoise. « C’était assez rare. Ce n’est plus rare du tout. En Europe aussi, il y a eu une énorme consolidation. Les écoles de gestion, notamment en France, en Angleterre et en Espagne, ont énormément progressé. »

Il doit y avoir aujourd’hui 15 000 écoles de gestion dans le monde, estime Michel Patry. « En 2005 ou 2006, on était à 8000. Donc ç’a doublé. En plus, la qualité des joueurs a beaucoup augmenté, et on a des joueurs majeurs maintenant en Chine, à Singapour, en Inde, en Europe, etc. »

Étudiants mobiles

C’est sans compter la mobilité des étudiants. « Mondialement, de nos jours, le modèle, c’est beaucoup que les gens font leur premier cycle [à proximité de] leur lieu de naissance. Et la mobilité arrive au deuxième cycle. » Par rapport à une autre époque, cela signifie que le parcours d’un étudiant peut aujourd’hui être marqué par une prise de décision après le premier cycle. « Est-ce que je vais aux États-Unis ? Est-ce que je vais à Queen’s ? Est-ce que je vais à Bocconi [Milan, en Italie] ? Et à l’inverse, on a des gens qui arrivent de partout dans le monde. »

Conséquence directe du vieillissement de la population combiné à une croissance économique continue, le Québec est aux prises avec une rareté de main-d’oeuvre qui donne des maux de tête aux entreprises.

Les universités doivent être attentives à la façon de faire évoluer la formation, dit Michel Patry. Les entreprises ne peuvent à la fois souhaiter des formations extrêmement précises tout en espérant des formations qui ratissent encore plus large sur de grands enjeux. « Tu ne peux pas tout avoir. C’est un métier, la formation. Il ne faut pas être imperméable aux besoins du milieu. Mais il ne faut pas non plus tordre les choses au gré des trimestres et des années pour adapter en fonction des besoins précis émergents. Il faut une vue de long terme. »