Le FMI exhorte le Canada à faire preuve de prudence

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, et le premier ministre canadien, Justin Trudeau, en juin 2018 à La Malbaie, à l’occasion de la réunion du G7
Photo: Lars Hagberg Agence France-Presse La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, et le premier ministre canadien, Justin Trudeau, en juin 2018 à La Malbaie, à l’occasion de la réunion du G7

Le temps n’est pas venu d’assouplir, voire de retirer les mesures restreignant l’accès à la propriété résidentielle, dit le FMI. L’institution de Washington exhorte également le Canada à attaquer de front la faiblesse chronique de ses gains de productivité en misant surtout sur une réduction des obstacles à son commerce intérieur.

En cette période électorale au fédéral, les pressions sont plutôt fortes sur Ottawa pour qu’il assouplisse, voire élimine, les mesures de resserrement des règles hypothécaires, dont la dernière mouture est en vigueur depuis le 1er janvier 2018. Le Fonds monétaire international appelle le gouvernement fédéral à la résistance afin de préserver la stabilité du système financier. « Des pressions sont exercées sur le gouvernement pour qu’il relâche la politique macroprudentielles ou adopte de nouvelles mesures qui renforcent l’activité immobilière. Cela serait malvenu, car la dette des ménages reste élevée et un ralentissement graduel du marché immobilier est souhaitable afin de réduire la vulnérabilité. »

Le FMI souligne également qu’il ne faudrait pas atténuer l’efficacité des mesures prises par des initiatives d’acheteurs de maison qui accroissent malencontreusement l’endettement des ménages. « Il convient aussi d’unifier les mesures fiscales aux niveaux provincial et municipal pour en faire des mesures globales qui ciblent les activités spéculatives de manière plus générale. »

Une forte correction du marché immobilier constitue un risque intérieur majeur

Cette conclusion découle d’observations préliminaires des services du FMI formulées au terme d’une visite officielle de ses représentants au Canada. « Une forte correction du marché immobilier constitue un risque intérieur majeur. Si une correction des prix de l’immobilier s’accompagne d’une hausse du chômage et d’un effondrement de la consommation privée, des risques supplémentaires pourraient apparaître pour la stabilité financière et la croissance », ajoute-t-elle. Dans son scénario hypothétique négatif, dominé par une grave récession et par de fortes tensions sur les marchés financiers, le FMI conclut à une résilience des banques d’importance systémique, mais craint pour la Société canadienne d’hypothèques et de logement et les assureurs privés, qui pourraient alors avoir besoin d’une injection de quelque 20 milliards pour rétablir leur ratio réglementaire.

Croissance en baisse

Sur le plan conjoncturel, le FMI retient pour le Canada une prévision de croissance du PIB de 1,5 % cette année, après 1,8 % en 2018, et entrevoit une accélération en 2020. Mais à moyen terme, la faible croissance de la productivité et le vieillissement de la population limiteront la croissance potentielle aux environs de 1,7 %. L’institution revient aux gains de productivité actuels, se voulant insuffisants pour pérenniser la croissance à long terme. Aux investissements nécessaires pour diversifier l’économie au-delà des secteurs traditionnels et aux occasions offertes par la renégociation des différents accords commerciaux, « des gains de productivité considérables pourraient être tirés d’une réduction des obstacles intérieurs au commerce entre les provinces ». L’Accord de libre-échange intérieur signé en 2017 est un pas dans la bonne direction, mais beaucoup d’obstacles et de rigidités restent à contourner. « Les gains potentiels sont considérables et pourraient accroître le PIB réel de près de 4 %, soit un gain bien plus élevé que celui attendu des accords commerciaux internationaux qui ont été signés récemment », croit le FMI.

Harmonisation réglementaire

Puis, fidèle à son habitude, le FMI consacre des passages de son rapport au partage de la réglementation des institutions et marchés financiers selon les champs de compétence de chacun. « Les responsabilités en matière de surveillance du risque systémique sont dispersées parmi plusieurs organismes. Cette dispersion a empêché d’établir un dispositif de surveillance à l’échelle du pays. Quant au projet fédéral d’agence pancanadienne en valeurs mobilières, « l’initiative du régime coopératif de réglementation des marchés des capitaux peut contribuer à maîtriser les risques liés à la dispersion de la surveillance des marchés de valeurs mobilières », estime le FMI.