Air Canada-Transat: la délicate intégration des cultures d’entreprise

Le fait d’avoir des syndicats qui représentent des employés au sein d'Air Canada et d'Air Transat change la dynamique de la fusion.
Photo: Archives Le Devoir Le fait d’avoir des syndicats qui représentent des employés au sein d'Air Canada et d'Air Transat change la dynamique de la fusion.

Si Air Canada met définitivement la main sur le groupe Transat, le transporteur devra agir rapidement pour télégraphier les prochaines étapes aux employés afin de réduire l’anxiété qui pourrait se manifester au sein du personnel.

L’intégration de deux cultures d’entreprise est une opération souvent moins médiatisée, mais elle constitue un exercice complexe comportant des volets aussi incontournables les uns que les autres, a mentionné vendredi Kevin Johnson, directeur du Centre d’études en transformation des organisations (un partenariat HEC Montréal, ESG UQAM et ESSEC Business School).

Tout en nommant les enjeux concernant les finances, l’image de marque, la direction d’entreprise et les économies prévues, par exemple, « quand on traite des carrières des gens, le plus rapide est le mieux », a dit M. Johnson. « Maintenez les gens dans l’anxiété le plus longtemps possible, vous augmentez le risque d’échec, par les conflits sociaux que ça pourrait entraîner dans les entreprises, par la baisse de productivité, par les taux de roulement. »

Selon les études, de 30 % à 50 % des fusions et acquisitions sont marquées par des échecs à différents niveaux, a dit M. Johnson. Cela comprend des échecs financiers, des échecs culturels et des niveaux de productivité jugés non optimaux.

Quand le transporteur Air Canada a annoncé jeudi qu’il négociait de manière exclusive avec Transat pour en faire l’acquisition, son p.-d.g., Calin Rovinescu, a notamment mentionné « une sécurité d’emploi et [des] perspectives de croissance améliorées » dont profiterait le personnel des deux sociétés. « Ceci représente la meilleure perspective non seulement de maintien, mais de croissance à long terme de l’activité et des emplois que Transat a développés au Québec et ailleurs », a renchéri le président de Transat, Jean-Marc Eustache.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) représente 9000 agents de bord chez Air Canada et 2000 chez Air Transat. Quant aux machinistes, qui ont entendu jeudi « plus de questions que de réponses quant à l’avenir des emplois », ils comptent 9500 membres chez Air Canada et 450 chez Air Transat.

Discussions syndicales

Le fait d’avoir des syndicats qui représentent des employés au sein des deux entreprises change la dynamique, a dit M. Johnson. Sans compter la façon de consentir certains avantages qui pourraient reposer sur l’ancienneté, comme la réservation de vols. Si les employés d’une société acquise sont parfois nerveux quant aux conséquences, l’inverse peut aussi être vrai. « Est-ce que des agents de bord d’Air Canada pourraient perdre leurs privilèges au profit des agents de bord de Transat ? » Il peut y avoir de l’anxiété du bord d’Air Canada aussi, a-t-il expliqué, « juste sur ces questions de politique interne et de droits acquis ».

La question de l’ancienneté a vite été soulevée comme un enjeu potentiel quand Air Canada a négocié l’acquisition de Canadian Airlines au tournant de l’année 2000. Chez les pilotes d’Air Canada, on craignait que la fusion des listes d’ancienneté puisse avantager des pilotes plus âgés de Canadian au détriment de certains plus jeunes d’Air Canada, embauchés en pleine expansion. D’autres estimaient que les pilotes d’Air Canada n’avaient rien à céder à leurs nouveaux confrères, car c’est Air Canada qui venait à la rescousse de Canadian, le contraire d’une fusion entre égaux.