Ruée chez les vendeurs de véhicules zéro et faible émission

Une quinzaine de modèles électriques ou hybrides se qualifient pour le rabais fédéral de 5000 $ et une dizaine pour celui de 2500 $.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Une quinzaine de modèles électriques ou hybrides se qualifient pour le rabais fédéral de 5000 $ et une dizaine pour celui de 2500 $.

Depuis deux jours, l’annonce de l’entrée en vigueur imminente du rabais fédéral accordé aux acheteurs de véhicules électriques a eu l’effet d’un électrochoc. Les consommateurs affluent chez les concessionnaires, où se multiplient contrats de vente et essais routiers.

Au lendemain du budget fédéral, le marché de la vente et de location de véhicules électriques neufs avait été littéralement plongé dans une sorte de léthargie, le gouvernement n’ayant pas fixé de date pour l’entrée en vigueur de l’aide de 5000 $ accordée lors de l’achat ou de la location de voitures « zéro émission » de moins de 45 000 $. Les acheteurs intéressés avaient dès lors mis entre parenthèses tous leurs projets d’achat ou de location, en attendant que se concrétise le coup de pouce promis par le gouvernement de Justin Trudeau.

Or, depuis l’annonce faite le 17 avril par le ministre des Transports, Marc Garneau, c’est la ruée chez certains vendeurs. Car dès le 1er mai, les acheteurs de voitures électriques et d’hybrides rechargeables visées par le programme se verront consentir respectivement un rabais de 5000 $ ou de 2500 $. Plusieurs fabricants avaient d’ores et déjà abaissé le prix de base de leurs véhicules sous 45 000 $ la veille de l’annonce pour s’assurer que ceux-ci tombent sous le coup du rabais fédéral. Certains modèles de voitures de sept places, de moins de 55 000 $, seront aussi admissibles à un rabais.

« En deux jours, nous avons vendu 20 voitures électriques ou hybrides en prévision du 1er mai, alors que nous en vendons normalement 50 par mois. C’est sûr que les gens attendaient cela avec impatience », affirme Hugo Jeanson, copropriétaire et directeur général du concessionnaire Bourgeois Chevrolet à Rawdon, le plus important vendeur de véhicules électriques au Canada.

« Parmi les clients, 50 % s’intéressent à un véhicule 100 % électrique et 50 % à des hybrides rechargeables. Tout dépend des besoins de chacun », précise M. Jeanson, ajoutant que l’inventaire actuel de véhicules suffit à la demande.

En ajoutant la subvention offerte par le gouvernement du Québec, qui atteint 8000 $ pour les véhicules électriques neufs et entre 4000 $ et 8000 $ pour les hybrides rechargeables, le coup de pouce fédéral porte jusqu’à 13 000 $ l’aide maximale consentie pour certains modèles à zéro ou faible émission. La Ville de Laval consent en sus 2000 $ de rabais à tous ses résidents.

L’idéal serait plutôt de taxer les véhicules à essence en fonction des GES émis

 

Une quinzaine de modèles électriques ou hybrides se qualifient pour le rabais fédéral de 5000 $ et une dizaine pour celui de 2500 $, la taille de la batterie restant le critère déterminant dans l’importance du montant. Les véhicules hybrides autorechargeables ne sont admissibles à aucune subvention.

« Quand on pense que ça peut représenter entre 20 et 30 % du prix total d’un véhicule, ça fait toute une différence », estime Martin Archambault. D’ordinaire plus coûteux que des voitures à essence de même gamme, la plupart des modèles tout électriques et hybrides rechargeables visés se détaillent entre 32 000 $ et 45 000 $ avant les remises prévues.

Si elle accélère l’achat de véhicules plus verts (après 165 000 km, une voiture électrique émet 65 % moins de GES qu’une voiture à essence), cette mesure n’est pas la panacée pour répondre aux défis posés par les changements climatiques, la pollution et la congestion routière, estiment certains. « Les rabais, c’est intéressant, mais ça reste de l’auto solo. L’idéal serait plutôt de taxer les véhicules à essence en fonction des GES émis, comme en Norvège, et de taxer davantage les manufacturiers qui ne produisent pas assez de véhicules électriques », estime Sydney Ribaux, directeur exécutif chez Équiterre. À son avis, ces rabais ne doivent rester qu’un complément au développement du transport collectif.


La Chine façonne le marché

Shanghai — Dominant le décollage mondial de la voiture électrique, la Chine force tous les constructeurs à accélérer l’électrification de leur gamme. Sur le colossal marché chinois, les voitures électriques et hybrides représentent 4 %, mais leurs ventes ont grimpé en flèche de 62 % en 2018, à 1,3 million d’unités écoulées. Pékin impose d’ailleurs depuis cette année des quotas draconiens de production de voitures électrifiées à tous les constructeurs. Sous pression, ceux-ci ont multiplié les filiales consacrées à l’électrique pour gonfler leur offre.

Agence France-Presse