Quel effet concret sur l’accès à la propriété?

Le pourcentage de ménages québécois qui sont propriétaires occupants se chiffre à 61,3 %, comparativement à une moyenne canadienne de 67,8 %.
Photo: Marc Bruxelle Getty Images Le pourcentage de ménages québécois qui sont propriétaires occupants se chiffre à 61,3 %, comparativement à une moyenne canadienne de 67,8 %.

Le milieu de l’immobilier tente de chiffrer l’impact concret des mesures annoncées mardi par le gouvernement Trudeau, mais croit déjà qu’elles contribueront à augmenter le pourcentage de ménages propriétaires occupants, qui ont du retard sur le reste du Canada.

Dans son budget, le ministre des Finances a indiqué qu’il mettra à contribution la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) pour faciliter la mise de fonds des premiers acheteurs, et qu’il augmentera le montant que ceux-ci peuvent prélever dans leur REER en vertu du Régime d’accession à la propriété (RAP).

Le pourcentage de ménages québécois qui sont propriétaires occupants se chiffre à 61,3 %, comparativement à une moyenne canadienne de 67,8 %, a indiqué l’an dernier l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ).

Les Québécois qui font le saut pourront désormais souscrire, auprès de la SCHL, un prêt représentant 10 % du prix d’une propriété neuve, ce qui, en plus d’une mise de fonds obligatoire de 5 %, diminuera le coût financier mensuel qu’entraîne un prêt hypothécaire. S’ils achètent une propriété existante, le prêt que pourra leur faire la SCHL serait de 5 %.

Une grande inconnue : on ne connaît pas encore les modalités de remboursement. Le budget déposé mardi donne comme exemple, toutefois, que le prêt pourrait être remboursé lors de la revente de la propriété.

« On n’a rien chiffré encore, mais c’est certain que ça va donner un coup de pouce à beaucoup de futurs premiers acheteurs. Ça va réduire le montant qu’ils vont devoir emprunter, donc réduire leurs mensualités hypothécaires », a dit Paul Cardinal, directeur du service économique à l’APCHQ.

« Est-ce que le fait de baisser les mensualités pour une personne va la faire passer de locataire à propriétaire ? Je pense que oui », dit Yanick Desnoyers, directeur de l’analyse de marché à la Fédération des chambres immobilières du Québec (FCIQ).

Un RAP pas complètement utilisé

Ottawa a également annoncé que le maximum qu’un premier acheteur pourra piger dans son REER passera de 25 000 $ à 35 000 $.

Or les données disponibles montrent que le programme a connu une perte de vitesse au cours des années.

Selon des données diffusées par la FCIQ en 2017, le nombre de personnes qui ont effectué un retrait dans leur REER est passé de 38 880 en 2002 à 26 910 en 2015. Le retrait moyen est allé en sens inverse, passant de 11 431 $ à 14 077 $.

« Je n’ai pas de chiffres pour l’appuyer, mais la tendance semblait quand même très claire pour ce qui est du nombre de retraits », dit M. Cardinal, qui était à la FCIQ au moment de cette analyse. Une des hypothèses avancées à l’époque consistait à dire que les acheteurs se tournaient peut-être vers d’autres sources, la progression des salaires n’ayant pas permis d’épargner suffisamment face à l’explosion des prix. Pourquoi le retrait moyen n’est que de 14 000 $? À cette question, M. Cardinal répond qu’il est possible que dans les achats faits par un couple, « chaque personne n’a pas besoin de retirer 25 000 $». Aussi, « le prix des propriétés au Québec n’est pas astronomique par rapport aux autres provinces ».

À l’échelle pancanadienne, les mesures du budget Morneau concernant la SCHL devraient contribuer là aussi à augmenter le pourcentage de propriétaires occupants, a opiné la Banque TD dans une note d’analyse. « Cependant, on ignore si les taux de propriété avaient besoin de ce coup de pouce, dans la mesure où le Canada affiche déjà l’un des taux les plus élevés du G7. »