Facebook rassure, son titre bondit

Facebook a du mal à engranger de nouveaux utilisateurs, en particulier dans les pays développés, proches de la saturation.
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Facebook a du mal à engranger de nouveaux utilisateurs, en particulier dans les pays développés, proches de la saturation.

Malgré les crises à répétition, Facebook a enregistré une année 2018 meilleure que prévu, renouant avec une croissance soutenue de ses résultats et même une hausse du nombre d’usagers, rassurant du même coup les investisseurs qui ont fait bondir le titre en Bourse.

En début de soirée, l’action prenait plus de 8 % dans les échanges électroniques suivant la clôture de Wall Street.

Alors que les investisseurs s’inquiètent d’une crise de croissance de Facebook et de l’impact des crises à répétition, ces rythmes de croissance sont plus élevés qu’au trimestre précédent, signe que les annonceurs et les usagers n’ont pas massivement quitté le réseau. À 2,32 milliards, le nombre d’usagers mensuels actifs est d’ailleurs légèrement supérieur aux prévisions. Le nombre d’abonnés actifs quotidiens est, quant à lui, pile conforme aux attentes, à 1,52 milliard.

Le bénéfice net du quatrième trimestre est de 6,88 milliards $US, en hausse de 61 %. Le chiffre d’affaires trimestriel avance de 30 % à 16,9 milliards. Sur toute l’année 2018, le bénéfice net augmente de 39 % à 22,1 milliards et le chiffre d’affaires (55,83 milliards, +37 %) est aussi meilleur qu’anticipé.

Facebook tente désespérément de surmonter l’impact de scandales à répétition, de la diffusion de données à l’insu des usagers à la sous-estimation des manipulations politiques sur la plateforme par la Russie lors de la présidentielle américaine 2016, en passant par les attaques en règle contre ses critiques.

Mercredi encore, il s’est vu accusé par Apple d’avoir violé les termes d’usage de ses applications, avec un programme de collecte de données personnelles sur smartphone en échange d’une petite rémunération mensuelle. Le site spécialisé TechCrunch a révélé que Facebook avait enrôlé des ados de 13 ans pour mieux connaître leurs habitudes. Le groupe a affirmé avoir agi en toute transparence avec les volontaires. Mais Apple a vivement réagi en bloquant sur iPhone des applications internes à Facebook utilisées par les employés.

Crise de croissance

Alors qu’il fête ses 15 ans début février, le réseau se trouve à un tournant majeur de son histoire : en plus de tous ces scandales qui lui coûtent cher en matière d’image et le contraignent à dépenser beaucoup pour surveiller les contenus, Facebook est aussi confronté à une crise de croissance. Le réseau social a du mal à engranger de nouveaux utilisateurs, en particulier dans les pays développés, proches de la saturation. Les plus jeunes, attirés par d’autres plateformes, comme Instagram (propriété de Facebook) ou Snapchat, délaissent aussi de plus en plus Facebook, vu comme un réseau « pour les parents ». Saturation aussi du côté de la publicité : Facebook prévient depuis 2016 que la croissance de son chiffre d’affaires, composé quasi intégralement par ses recettes publicitaires, finirait par ralentir, une décélération déjà visible dans les résultats trimestriels publiés en octobre, tant sur le plan des ventes que sur celui de la rentabilité.

Le p.-d.g. Mark Zuckerberg avait d’ailleurs été très clair : l’année 2019 sera encore une année d’investissements, mais aussi de repositionnement vers des formats de communication plus privés (comme les « stories » éphémères), dont les consommateurs sont devenus plus friands que du traditionnel et statique « fil d’actualités ». Pour autant, Facebook reste de loin le premier réseau social du monde et demeure un mastodonte de la publicité numérique. D’autant qu’il peut compter sur ses autres services, qui connaissent un succès croissant : Instagram, Messenger ou WhatsApp, si tant est qu’il parvienne à en tirer des recettes publicitaires significatives à terme.

Le groupe va surtout devoir faire oublier le fiasco planétaire Cambridge Analytica, qui a éclaté en mars 2018. Ce scandale, ainsi que la mise en place du Règlement européen de protection des données personnelles en mai dernier, vaut à Facebook d’être particulièrement dans le viseur des régulateurs.