Les entreprises espèrent que la réduction sera de courte durée

Avec presque 118 000 postes vacants, soit l’équivalent de 4,1% de tous les emplois dans ces entreprises, le problème au Québec a atteint un nouveau sommet au 3e trimestre.
Photo: Jian Wang / Getty Images Avec presque 118 000 postes vacants, soit l’équivalent de 4,1% de tous les emplois dans ces entreprises, le problème au Québec a atteint un nouveau sommet au 3e trimestre.
De plus en plus étranglées par la rareté de main-d’oeuvre, les entreprises québécoises se disent prêtes à s’accommoder d’une brève réduction des seuils d’immigration à condition qu’on améliore vraiment entre-temps le processus de sélection et d’intégration des travailleurs étrangers.

Quelques heures à peine avant que le nouveau gouvernement de François Legault n’annonce la réduction de la cible d’immigration du Québec l’an prochain, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) rapportait que la rareté de main-d’oeuvre a atteint un nouveau sommet dans les PME québécoises. Avec presque 118 000 postes vacants, soit l’équivalent de 4,1 % de tous les emplois dans ces entreprises, le problème au Québec a atteint un nouveau sommet au 3e trimestre, plus élevé que partout ailleurs au Canada (moyenne de 3,3 %), y compris en Ontario (3,3 %) ou même en Colombie-Britannique (3,7 %).

La diminution du nombre d’immigrants de plus de 50 000 à 40 000 l’an prochain au Québec n’émeut pourtant pas outre mesure la porte-parole pour le Québec de la FCEI, Martine Hébert. « Notre principal problème n’est pas le nombre d’immigrants reçus, mais le mauvais arrimage entre ceux qui sont choisis et les besoins de nos entreprises. » Son organisation estime ainsi que près de la moitié des immigrants des dix dernières années étaient surqualifiés pour pouvoir occuper des postes dans les secteurs manufacturier, de la restauration ou de l’hébergement, qui réclament, tout au plus, l’équivalent d’un diplôme du secondaire ou d’un DEC technique.

Ce que Martine Hébert a entendu jusqu’à présent des objectifs du gouvernement Legault lui laisse croire qu’il cherche à corriger « cette erreur de casting ». « Il le faut parce qu’autrement, on perdrait sur les deux tableaux », dit l’économiste, qui sent non seulement une ouverture, mais une demande pressante des PME d’engager plus de travailleurs étrangers, y compris en région.

Rien n’aurait empêché le gouvernement d’améliorer son processus de sélection d’immigrants tout en maintenant, et même en augmentant, ses cibles d’accueil, estime pour sa part Stéphane Forget, p.-d.g. de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ). S’appuyant sur une étude commandée à l’Institut du Québec, l’organisation avait recommandé l’an dernier non pas de réduire, mais de relever la cible à 60 000 immigrants par an. « La solution au problème de rareté de main-d’oeuvre ne passe pas seulement par l’immigration, mais c’est un moyen dont on ne pourra pas se passer. » Il souhaite maintenant que les nouvelles règles de sélection et d’accueil que le gouvernement a en tête se mettent rapidement en place afin qu’on puisse relever ensuite les seuils le plus vite possible. « Le problème est que les baisses décidées aujourd’hui ne se feront sentir que dans deux ou trois ans, ce qui sera encore pire comme moment. »

Le Conseil du patronat du Québec et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain auraient voulu aussi que Québec améliore ses façons de faire tout en relevant ses cibles d’accueil de travailleurs étrangers. « En réduire le volume ne fait qu’empirer la situation », a déploré dans un communiqué le p.-d.g. du CPQ, Yves-Thomas Dorval.