Réactions vives du marché après l'annonce de la baisse de production de pétrole en Alberta

Fort McMurray, en Alberta
Photo: Jason Franson La Presse canadienne Fort McMurray, en Alberta

Le prix du pétrole canadien a bondi lundi, mais il faudra du temps pour savoir si les mesures prises par le gouvernement Notley auront vraiment un effet durable, ont estimé des experts lundi au lendemain de l’annonce d’une réduction de production obligatoire.

Montrant du doigt l’insuffisance des oléoducs pour exporter la ressource, la première ministre Rachel Notley a annoncé dimanche soir une baisse de 8,7 % de la production à compter de janvier 2019, soit l’équivalent de 325 000 barils par jour. Selon elle, le prix déprimé coûte présentement 80 millions par jour à l’économie canadienne.

Selon ce que la première ministre a indiqué dimanche, on estime présentement à 35 millions de barils les quantités stockées, un niveau qui représente le double de la situation normale.

« En avril, qu’en sera-t-il de ces volumes ? Quelle certitude y aura-t-il ? […] Quand y aura-t-il une réponse appréciable sur les prix ? », a dit en entrevue Joseph Doucet, doyen de la Faculté d’administration de l’Université de l’Alberta et expert des enjeux énergétiques.

« Il y a de l’incertitude quant aux volumes de pétrole brut en stockage en Alberta présentement. Ce sont des chiffres que les entreprises gardent un peu jalousement, car il y a un élément stratégique dans ces informations-là », a ajouté M. Doucet.

Première hausse

Au coeur du problème figure la différence de prix du pétrole West Texas Intermediate (WTI) et le Western Canadian Select (WCS), un écart qui a déjà oscillé entre 30 et 50 $US. L’écart s’est rétréci à environ 20 $ lundi, en raison d’une hausse du cours du WCS. Quant au baril du WTI pour livraison en janvier 2019, il se négociait à 53,18 $, en hausse de 2,25 $.

En Bourse, la valeur des titres des sociétés qui exploitent les sables bitumineux a fortement augmenté. Canadian Natural Resources, par exemple, a grimpé de 9,6 % à 36,58 $, alors que Cenovus a vu son titre bondir de 12 % à 10,99 $.

Après un boom économique impressionnant allant de pair avec le développement des sables bitumineux, le secteur pétrolier albertain a vu le vent tourner depuis quelques années, une situation qui a eu des effets sur le marché du travail. De mai à octobre 2018, le taux de chômage en Alberta est passé de 6,2 % à 7,3 %.

« Les ressources énergétiques dans le sol appartiennent à tous les Albertains, et il nous incombe de défendre ces ressources », a affirmé dimanche la première ministre, Rachel Notley.

« Mais en ce moment, elles se vendent au rabais. Nous devons agir immédiatement, et nous devons le faire ensemble. »

Certains pourraient dire que le gouvernement Notley aurait dû agir il y a six mois ou un an, mais « l’écart [des prix canadiens et américains] était beaucoup moins important il y a un an, et il y avait fort à parier qu’on allait pouvoir aller de l’avant avec Trans Mountain, etc. », a dit Joseph Doucet. On prévoyait déjà une baisse des investissements en forages cet hiver, mais le geste vient accélérer les choses, car il touche directement la production.

Effet sur l’économie canadienne

Pour illustrer la place qu’occupe l’exploitation des ressources pétrolières dans l’économie canadienne et les exportations, on s’attend à ce que la réduction de production obligatoire retranche 0,1 % à 0,2 % à la croissance du produit intérieur brut canadien en 2019.

« Des écarts de prix draconiens doivent mener à des mesures draconiennes », a écrit la Banque TD dans une note d’analyse. Le plan « devrait aider » à composer avec les problèmes de prix, selon l’économiste Brian DePratto. Cependant, si l’écart entre le WCS et le WTI s’est réduit d’environ 10 $ lundi matin, « la durée de cela » reste à être déterminée. « Le pétrole est une industrie mondiale, et le mouvement du cours du WTI peut peser plus lourd que l’évolution de l’écart. »

Le gouvernement de la Saskatchewan a indiqué qu’il n’emboîterait pas le pas à l’Alberta, car la gamme des pétroles qui sortent du sol est plus diversifiée, a indiqué sur Facebook son premier ministre, Scott Moe. Cela dit, il « comprend » l’Alberta et souhaite l’expansion du réseau des oléoducs pour pouvoir vendre le pétrole «  à sa juste valeur ».

Suncor « étudie » l’annonce du gouvernement Notley. « Nous croyons que le marché est le moyen le plus efficace pour équilibrer l’offre et la demande et pour aplanir les écarts. »