Les ressources humaines feront le succès ou l’échec de la révolution des robots

Le manque de ressources humaines capables d’entreprendre le virage de l’intelligence artificelle peut expliquer le retard de certaines entreprises.
Photo: Mihailo Milovanovic Getty Images Le manque de ressources humaines capables d’entreprendre le virage de l’intelligence artificelle peut expliquer le retard de certaines entreprises.

Le succès de la révolution de l’intelligence artificielle dépendra bien plus du facteur humain que des robots, ont conclu des dirigeantes d’entreprise réunies à Montréal.

Selon certaines estimations, les bouleversements provoqués par les mégadonnées, l’apprentissage automatique et autres innovations technologiques liées à l’intelligence artificielle (IA) pourrait ajouter 16 000 milliards à l’économie mondiale. Pourtant, seulement 4 % des entreprises se seraient déjà lancées dans cette voie, a-t-on rapporté mardi au deuxième et dernier jour de la 20e édition du Most Powerful Women International Summit organisé pour la première fois à Montréal par le magazine américain Fortune et réunissant environ 200 femmes d’affaires, politiciennes et leaders d’opinion.

La principale raison de ce retard est le manque de ressources humaines capables d’entreprendre ce virage technologique majeur, a estimé Ellyn Shook, vice-présidente aux ressources humaines de la firme de consultants Accenture, lors d’un atelier. « Les entreprises investissent des sommes colossales dans les nouvelles technologies, mais consacrent beaucoup moins d’efforts à la formation de leur personnel sur leur utilisation. »

Il y a quelques années, Accenture a réalisé que des pans entiers de ses activités d’affaires et du travail de ses quelque 430 000 employés étaient menacés par le développement de l’intelligence artificielle et de l’automatisation de tâches de bureau. L’entreprise a fait le pari de la transparence, exposant les faits à son personnel et lui proposant un contrat. « On a invité nos employés à nous dire comment ces nouvelles technologies pourraient améliorer leur travail en promettant de garder tout le monde et de leur offrir la formation nécessaire pour leur permettre de s’adapter et de s’assurer que leurs tâches gardent leur pertinence. Cela nous a permis de réaliser que, dans ces conditions, les gens avaient faim d’innovation. »

La quête de talents

Cette idée de l’importance d’une formation continue en entreprise aux nouvelles technologies ainsi que la conviction que la créativité et le sens de l’initiative se révèlent souvent des compétences plus déterminantes que la quantité de connaissances théoriques accumulées ont incité la compagnie spécialisée en présentation de contenu numérique WP Engine à réviser ses critères de recrutement de nouveaux employés. « Nous avons cessé d’exiger que les candidats aient au moins un diplôme universitaire et avons fortement augmenté les ressources consacrées à la formation interne », avait expliqué plus tôt dans la journée la présidente et chef de la direction de la compagnie d’Austin, au Texas, Heather Brunner.

Il arrive cependant qu’on ait véritablement besoin d’experts en intelligence artificielle et qu’on se rende compte, alors, combien ils sont rares, a raconté Solmaz Shahalizadeh, vice-présidente aux technologies pour le site de commerce en ligne Shopify. « À défaut de pouvoir en trouver, on s’est demandé qui d’autre était habile à jongler avec des masses de données. Cela nous a notamment amenés à engager des astrophysiciens et des économistes. »

Le secret du Québec

Le magazine Fortune pouvait difficilement trouver un meilleur endroit que Montréal et le Québec pour organiser une conférence où il allait être question de l’intelligence artificielle. Son grand réservoir de talents ainsi que sa capacité d’en attirer de l’extérieur comptent parmi les raisons qui ont amené des géants comme Google, Amazon, Microsoft, IBM, Ubisoft et Thales à venir s’y installer.

Des participantes ont voulu savoir quel était le secret montréalais, mais aussi torontois. L’investissement des gouvernements dans la recherche fondamentale, leur a répondu Joëlle Pineau, chercheuse en sciences informatiques à l’Université McGill et directrice du laboratoire de recherche en intelligence artificielle mis sur pied par Facebook à Montréal. Ceux qui font office aujourd’hui de chefs de file de l’une des innovations technologiques les plus prometteuses n’étaient, il y a dix ou quinze ans, que d’anonymes chercheurs intéressés par d’obscures questions très éloignées de ce qu’étaient, à l’époque, les technologies à la mode dans lesquelles tout le monde voulait investir, a-t-elle rappelé. « Ce qui leur a permis de poursuivre leur travail, ce sont les modestes mais constantes subventions publiques à la recherche fondamentale. Comme ces subventions aident peut-être aujourd’hui ce qui deviendra, dans dix ou quinze ans, les nouvelles technologies qui feront rêver tout le monde. »